Biens mal acquis : le PNF requiert un procès contre BNP Paribas

The historic Palais de Justice in Nice, showcasing classic French architectural design.Photo : Laura Paredis / Pexels

La procédure française sur les biens mal acquis franchit un nouveau seuil. Le Parquet national financier (PNF) a requis un procès visant BNP Paribas, première banque de la zone euro, ainsi que plusieurs personnes gravitant dans l’entourage de l’ancien président gabonais Omar Bongo Ondimba et de la Première dame congolaise Antoinette Sassou Nguesso. La demande de renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris marque l’aboutissement d’une phase d’instruction ouverte de longue date, portée initialement par les plaintes d’associations anticorruption comme Transparency International France et Sherpa.

Une banque systémique dans le viseur du PNF

La mise en cause de BNP Paribas déplace le curseur du dossier. Jusqu’ici, les biens mal acquis étaient essentiellement instruits sous l’angle du recel de détournements de fonds publics étrangers, avec pour cibles principales les bénéficiaires apparents des patrimoines contestés. En visant le premier groupe bancaire français, le PNF interroge frontalement la chaîne des intermédiaires financiers, celle qui rend possible l’acquisition d’actifs de prestige dans l’immobilier parisien ou sur la Côte d’Azur.

Pour l’établissement dirigé par Jean-Laurent Bonnafé, l’enjeu réputationnel se double d’une exposition pénale. Les personnes morales encourent en droit français des amendes proportionnées au chiffre d’affaires, ainsi que des peines complémentaires susceptibles d’affecter certaines activités réglementées. Le dossier survient alors que les grandes banques européennes ont considérablement renforcé leurs dispositifs de conformité anti-blanchiment, sous la pression conjointe de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et des régulateurs américains.

Gabon et Congo-Brazzaville : deux dynasties rattrapées à Paris

Le volet gabonais du dossier remonte à la présidence d’Omar Bongo Ondimba, décédé en 2009 après plus de quarante ans à la tête de l’État. Son entourage familial et politique avait été identifié comme détenteur d’un vaste patrimoine immobilier en France, dont plusieurs biens ont déjà fait l’objet de saisies. La chute d’Ali Bongo, renversé par les militaires en août 2023, a rebattu les cartes politiques à Libreville sans interrompre le fil judiciaire tissé à Paris.

Côté congolais, la mise en cause de proches d’Antoinette Sassou Nguesso, épouse du président Denis Sassou Nguesso, prolonge une série d’investigations engagées de longue date contre le clan présidentiel de Brazzaville. Le Congo-Brazzaville, membre de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), fait par ailleurs l’objet d’un suivi soutenu du Fonds monétaire international sur la gouvernance de ses finances publiques et de sa dette pétrolière. La convergence des dossiers gabonais et congolais illustre la persistance d’une géographie franco-africaine de la fortune privée, où les capitales du golfe de Guinée investissent depuis des décennies dans la pierre parisienne.

Une jurisprudence désormais consolidée

Le contentieux des biens mal acquis a connu ses premières condamnations définitives avec l’affaire Teodorin Obiang, vice-président équato-guinéen, dont la Cour de cassation a validé la condamnation en 2021. Cette jurisprudence a ouvert la voie à la restitution des avoirs confisqués aux populations des pays d’origine, un principe consacré par la loi française de 2021 sur le développement solidaire. Les futurs procès des dossiers gabonais et congolais s’inscriront dans ce cadre désormais stabilisé.

Reste à connaître la position du juge d’instruction, seul habilité à décider du renvoi effectif devant la juridiction de jugement. Les mis en cause, y compris BNP Paribas, disposeront d’un délai pour faire valoir leurs observations avant l’ordonnance de règlement. Une éventuelle audience ne se tiendrait pas avant plusieurs mois, compte tenu de la complexité du dossier et du volume des pièces accumulées durant l’instruction. Pour Libreville comme pour Brazzaville, la perspective d’un procès public parisien touchant des figures centrales du pouvoir constitue une pression diplomatique inédite.

Concrètement, le dossier pourrait redessiner les standards de vigilance imposés aux banques françaises exposées à la clientèle des élites politiques africaines. Les personnes politiquement exposées, dites PPE, relèvent déjà d’un régime de surveillance renforcée, mais la mise en cause pénale d’un acteur du poids de BNP Paribas donnerait à cette obligation une portée jurisprudentielle nouvelle. Selon Financial Afrik, les réquisitions du PNF visent explicitement la banque et plusieurs proches des deux familles présidentielles.

Pour aller plus loin

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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