Cemac : la demande de liquidité des banques atteint 680 milliards

Street view in Brasilia featuring the Central Bank of Brazil under a vibrant sky.Photo : Matheus Natan / Pexels

La demande de liquidité des banques commerciales de la Cemac auprès de la BEAC a franchi un nouveau cap. Lors de l’opération d’injection organisée le 22 juillet 2026 par la banque centrale des six pays de la sous-région – Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et Centrafrique –, les établissements de crédit ont sollicité 680 milliards de FCFA de refinancement. Une semaine plus tôt, le 14 juillet, ce même guichet avait déjà mobilisé 535,5 milliards. En l’espace de huit jours, l’appétit des banques pour la ressource centrale a donc bondi de près de 27 %, établissant un record sur plusieurs mois selon les données de l’institut d’émission.

Un signal direct de l’assouplissement monétaire décidé fin juin

Ce mouvement ne doit rien au hasard. Il fait écho à la décision du Comité de politique monétaire (CPM) de la BEAC, entrée en vigueur le 29 juin 2026, d’abaisser ses deux principaux taux directeurs. Le taux d’intérêt des appels d’offres (TIAO), référence à laquelle les banques commerciales se refinancent auprès de la banque centrale, est passé de 4,75 % à 4,50 %. Dans la foulée, le taux de la facilité de prêt marginal, applicable aux financements de très court terme accordés sur vingt-quatre heures, a été ramené de 6,25 % à 5,75 %.

L’effet mécanique était attendu : en abaissant le coût du refinancement, la BEAC entendait rendre plus attractif l’accès à sa liquidité et, par ricochet, alléger la charge financière pesant sur les crédits distribués à l’économie réelle. Trois semaines après cette inflexion, la remontée massive des demandes de liquidité confirme que le signal a été perçu par la place bancaire de la Cemac. Reste à en mesurer la portée hors du strict circuit interbancaire.

Financement de l’économie ou arbitrage vers les titres publics ?

La banque centrale assume la finalité de sa décision : améliorer le financement des économies sous-régionales et détendre les conditions de crédit pratiquées par les banques commerciales. La théorie monétaire plaide en ce sens. Une baisse des taux directeurs se transmet, en principe, aux taux débiteurs offerts aux entreprises et aux ménages, ce qui doit stimuler l’investissement productif et la consommation.

La réalité de cette transmission demeure toutefois suspendue aux prochaines statistiques bancaires. Seule l’évolution des taux débiteurs, du volume des nouveaux crédits et de leur ventilation entre secteur public et secteur privé permettra de trancher. Un rebond de la demande de refinancement ne signifie pas, en soi, un surcroît de crédit à l’économie productive. Il peut aussi traduire une stratégie de constitution de réserves à faible coût, mobilisées ensuite pour des placements plus rémunérateurs et perçus comme peu risqués.

Un biais structurel en faveur du souverain

Or, dans la Cemac, ces placements ont un nom : les titres publics. Les banques commerciales de la sous-région figurent, depuis plusieurs années, parmi les principaux détenteurs des instruments émis par les Trésors nationaux sur le marché des valeurs animé par la BEAC. Ce positionnement fait du secteur public le premier bénéficiaire du financement bancaire, au détriment d’un secteur privé pourtant présenté par les autorités monétaires comme le moteur de la croissance.

Le risque d’un effet d’éviction est donc bien identifié. Si la baisse du TIAO se traduit surtout par un afflux de liquidités bon marché orientées vers la souscription de bons et d’obligations du Trésor, l’assouplissement monétaire manquera partiellement sa cible. Les États de la Cemac, confrontés à des besoins de financement soutenus et à un accès plus restreint aux ressources concessionnelles, y trouveront un intérêt immédiat. Les entreprises privées, notamment les PME, resteront pour leur part tributaires de conditions de crédit dont la détente réelle n’est pas encore documentée.

Les prochaines adjudications de la BEAC et la publication des statistiques monétaires du troisième trimestre 2026 fourniront les premiers éléments d’arbitrage. Elles diront si le geste du CPM aura irrigué l’économie productive ou nourri, une fois encore, la préférence des banques pour la signature souveraine. Selon Investir au Cameroun.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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