À fin mars 2026, les créances nettes du système monétaire sur les administrations publiques de la CEMAC s’établissaient à 11 397,6 milliards de FCFA, contre 13 655,4 milliards de FCFA de crédits distribués à l’économie. Le rapport entre ces deux agrégats atteint 83,5 %, selon les données diffusées par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) dans son rapport de politique monétaire de juin 2026. Ce ratio, bien qu’imparfait sur le plan comptable, éclaire la centralité du financement public dans les bilans bancaires du Cameroun, du Congo, du Gabon, de la Guinée équatoriale, de la Centrafrique et du Tchad.
Les deux masses ne sont pas strictement comparables. Les créances sur les États sont nettes des dépôts publics logés dans le système monétaire, tandis que les crédits à l’économie recensent les concours au secteur privé et aux ménages. Le rapprochement conserve pourtant sa valeur d’indicateur. Il mesure le degré d’imprégnation du système financier régional par les besoins de trésorerie souverains.
Une exposition souveraine qui progresse en valeur absolue
Sur douze mois, les créances nettes sur les États ont augmenté de 6,5 %, soit environ 696 milliards de FCFA de plus qu’à fin mars 2025. La BEAC attribue cette dérive à la multiplication des opérations de refinancement de la dette, à un recours soutenu au marché régional des titres publics et à la persistance des tensions de trésorerie dans plusieurs capitales. Certains États ont toutefois mobilisé davantage de ressources extérieures, ce qui a atténué leur ponction sur le système monétaire domestique.
Le ratio de 83,5 % marque en réalité un repli de 4,7 points sur un an. En mars 2025, il approchait 88,2 %. La détente s’explique moins par une désaffection des Trésors que par la vigueur des crédits privés. Les concours à l’économie ont progressé de 12,5 % sur la période, contre 6,5 % pour les créances publiques. En volume, ce sont près de 1 517 milliards de FCFA supplémentaires qui ont irrigué les entreprises et les ménages, soit plus du double de l’accroissement des créances souveraines.
Cette dynamique invite à nuancer l’hypothèse d’un effet d’éviction croissant. Les données de la banque centrale ne démontrent pas mécaniquement que le financement des États étouffe celui des acteurs privés. Elles confirment en revanche que les besoins publics continuent de mobiliser une part quasi équivalente aux crédits accordés à l’ensemble des autres agents.
Le marché des titres publics, chasse gardée des banques
Le poids du souverain apparaît avec plus d’acuité encore sur le marché des valeurs du Trésor. L’encours des titres émis par les six États atteignait 9 625 milliards de FCFA à fin mars 2026, en hausse de 13,9 % sur un an. Entre mars 2025 et mars 2026, les émissions cumulées se sont élevées à 6 764,7 milliards de FCFA, contre 5 699,9 milliards douze mois plus tôt, une progression de 18,7 %. Les bons du Trésor assimilables ont drainé 3 283 milliards, les obligations 3 481,7 milliards.
La détention reste massivement concentrée dans le secteur bancaire. Les spécialistes en valeurs du Trésor portaient 6 223,4 milliards de FCFA, soit 64,7 % de l’encours, et les autres établissements de crédit 1 169,1 milliards. Cumulées, les banques totalisent ainsi 76,8 % du marché. Les investisseurs institutionnels — assurances, fonds de pension, caisses de dépôts — n’en couvrent que 19,1 %, et les particuliers 3,2 %. La profondeur du marché régional demeure donc tributaire d’une poignée d’acteurs bancaires.
Ces titres jouent également un rôle de collatéral auprès de la BEAC. Les obligations syndiquées nanties par les banques auprès de l’institut d’émission ont bondi de 60,9 % en un an, à 227,7 milliards de FCFA. Ce mécanisme accroît l’attractivité du papier souverain, transformable en liquidité centrale sur simple mise en garantie.
Un crédit plus abondant, mais renchéri et court-termiste
Malgré cette gravitation autour de l’État, le crédit privé ne s’effondre pas. Sa progression de 12,5 % reflète les besoins des hydrocarbures, des mines, de la logistique, des télécommunications et de l’agriculture. La structure reste toutefois déséquilibrée. Le court terme contribue à hauteur de 7,6 points à la croissance des encours, contre 4,3 pour le moyen terme et seulement 0,6 pour le long terme. L’impulsion bancaire alimente davantage le fonds de roulement que l’investissement productif.
Le coût du crédit s’est parallèlement tendu. Le taux effectif global moyen est passé de 11,82 % au quatrième trimestre 2025 à 12,36 % au premier trimestre 2026. Pour desserrer la contrainte, la BEAC a abaissé le 29 juin son taux directeur de 4,75 % à 4,50 % et allégé les coefficients de réserves obligatoires. Son scénario de base table sur 4 419 milliards de FCFA de tirages extérieurs et 746,5 milliards de dons d’ici fin 2026, susceptibles de refluer vers le remboursement de 1 456,3 milliards au système bancaire régional. Selon Investir au Cameroun, cette trajectoire reste suspendue à la conclusion de programmes avec le Fonds monétaire international et à la consolidation budgétaire promise par les États.
Pour aller plus loin
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