Le gouvernement libanais multiplie les gestes en direction de l’Arabie saoudite, une orientation qui alimente les tensions internes entre l’exécutif et l’axe de la Résistance emmené par le Hezbollah. D’après le quotidien Al Akhbar, plusieurs décisions récentes prises à Beyrouth s’apparentent à des concessions politiques visant à restaurer la confiance avec Riyad, après des années de brouille diplomatique et économique. Ces manœuvres interviennent alors que le Royaume conditionne toujours son retour en force sur la scène libanaise à un réalignement clair des institutions face à l’influence du parti chiite.
Une diplomatie de rattrapage envers Riyad
Depuis plusieurs semaines, la présidence du Conseil et certains ministères conduisent, selon Al Akhbar, une séquence d’ouvertures à destination du royaume wahhabite. Ces initiatives couvriraient à la fois le champ sécuritaire, la coopération judiciaire et le contrôle des flux commerciaux, en particulier ceux soupçonnés par Riyad d’alimenter les réseaux de contrebande de captagon vers la péninsule Arabique. Le gouvernement libanais chercherait ainsi à répondre aux exigences saoudiennes formulées de longue date, en contrepartie d’un dégel économique et d’un possible retour des investissements du Golfe.
La méthode retenue interpelle. Plutôt qu’une négociation cadrée par un accord global, Beyrouth semble opter pour une succession de gestes unilatéraux, présentés comme des mesures techniques mais lourdes de portée politique. Cette lecture est partagée par plusieurs analystes cités dans la presse libanaise, qui y voient une tentative de repositionnement dans le sillage des recompositions régionales enclenchées depuis la guerre à Gaza et le recul militaire du Hezbollah face à Israël.
La Résistance dénonce des « messages erronés »
Les milieux proches de la Résistance libanaise ne cachent pas leur inquiétude. Selon les sources rapportées par Al Akhbar, des responsables du Hezbollah et de ses alliés estiment que l’accumulation de ces gestes envoie à Riyad des signaux ambigus, susceptibles d’être interprétés comme un abandon progressif des lignes rouges historiques du camp de la Résistance. La formule employée est celle des « messages erronés », terme diplomatique qui recouvre en réalité un avertissement direct adressé au Premier ministre et à la présidence de la République.
Cette mise en garde intervient dans un contexte de fragilité aiguë pour le Hezbollah, affaibli par la campagne militaire israélienne de 2024 et la disparition de plusieurs de ses cadres dirigeants. Le parti chiite cherche à préserver son poids institutionnel et à empêcher toute reconfiguration qui viendrait entériner un affaiblissement politique en plus des pertes militaires. Le dossier saoudien devient, dans cette perspective, un test grandeur nature de la capacité du camp du 8 mars à peser sur les arbitrages gouvernementaux.
Un équilibre régional en recomposition
La question dépasse le seul cadre libanais. Depuis la reprise des relations entre Riyad et Téhéran en mars 2023 sous médiation chinoise, le Royaume ajuste sa politique régionale sans renoncer à contenir l’influence iranienne au Levant. Le Liban reste, à ce titre, un terrain d’observation privilégié pour mesurer le degré de fermeté que l’Arabie saoudite entend maintenir. Un retour massif des capitaux du Golfe à Beyrouth, conditionné à des garanties politiques, redistribuerait les équilibres internes au profit des forces sunnites et libérales.
Pour l’exécutif libanais, l’enjeu est aussi financier. Le pays reste privé d’un accord définitif avec le Fonds monétaire international, et la reconstruction des zones bombardées dans le sud et la banlieue de Beyrouth exige des ressources que seuls les bailleurs du Golfe peuvent mobiliser à court terme. Cette dépendance objective pèse sur la marge de manœuvre du gouvernement, contraint de ménager Riyad sans provoquer une rupture ouverte avec le Hezbollah, encore capable de bloquer les institutions.
Reste à savoir jusqu’où ira ce jeu d’équilibriste. Les prochaines semaines diront si les concessions faites au royaume se traduisent par des engagements financiers concrets ou si Beyrouth s’expose à une nouvelle déception, tout en fragilisant son front intérieur. Selon Al Akhbar, la tension monte déjà d’un cran entre les partenaires de la coalition gouvernementale.
Pour aller plus loin
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