Standard Bank en discussions pour entrer au capital d’OPay

A close-up shot of a 10 euro banknote placed on a smartphone, highlighting currency and digital technology.Photo : Engin Akyurt / Pexels

Le groupe sud-africain Standard Bank serait engagé dans des pourparlers avancés en vue d’entrer au capital d’OPay, l’un des poids lourds du paiement mobile au Nigeria. L’opération, dont les contours financiers n’ont pas été divulgués, marquerait une inflexion stratégique pour la première banque africaine par la taille du bilan, encore prudente jusqu’ici sur le terrain des fintechs à forte croissance. Elle interviendrait alors que la valorisation d’OPay, adossé au groupe technologique chinois Opera, avait franchi le seuil des deux milliards de dollars lors de son dernier tour de table connu.

Un rapprochement stratégique entre banque panafricaine et fintech nigériane

Présente dans une vingtaine de pays africains, Standard Bank a bâti son modèle sur la banque de financement, la clientèle entreprises et la gestion de patrimoine. L’établissement, dont le siège se trouve à Johannesburg, cherche depuis plusieurs exercices à muscler sa banque de détail digitale face à la concurrence des acteurs mobiles. Une entrée au capital d’OPay lui offrirait un accès direct à une base d’utilisateurs estimée à plusieurs dizaines de millions au Nigeria, marché comptant plus de 220 millions d’habitants et où la bancarisation classique demeure inférieure à 50 %.

Pour OPay, l’arrivée d’un actionnaire bancaire de premier plan validerait un modèle longtemps perçu comme risqué par les régulateurs. La plateforme, lancée en 2018, s’est imposée dans les transferts entre particuliers, le paiement de factures et le crédit court terme, en s’appuyant sur un maillage dense d’agents. La Banque centrale du Nigeria (CBN) lui a accordé une licence de banque de microfinance, statut qui autorise la collecte de dépôts et l’octroi de petits prêts sans permettre les activités bancaires universelles.

OPay, symbole de la fintech africaine sous pavillon chinois

Fondée par des équipes issues du navigateur Opera, OPay illustre la percée des capitaux asiatiques dans la finance numérique africaine. Le tour de table mené en 2021 avait réuni SoftBank Vision Fund 2, Sequoia Capital China, Redpoint China et DragonBall Capital, hissant la société parmi les rares licornes du continent. Depuis, la plateforme a résisté à un durcissement réglementaire nigérian, notamment lors de la réforme monétaire de 2023 qui avait paralysé une partie du système de paiement traditionnel et propulsé les transactions numériques vers de nouveaux records.

La rentabilité de la fintech s’est nettement redressée. Selon des données communiquées par Opera à ses actionnaires, la contribution d’OPay au résultat net du groupe est devenue positive au cours des derniers exercices, portée par la montée en gamme des services et par une clientèle jeune, majoritairement urbaine. Un adossement à Standard Bank permettrait d’accéder à des lignes de refinancement plus profondes et à une expertise éprouvée en gestion des risques, deux points sur lesquels les fintechs africaines butent régulièrement lorsqu’elles atteignent une taille critique.

Une opération qui redistribue les cartes du paiement en Afrique

Le paysage du paiement mobile africain se concentre. Flutterwave, Interswitch, MTN MoMo, Wave et Airtel Money se disputent des positions dominantes, tandis que les banques historiques rachètent ou nouent des partenariats pour ne pas rester à l’écart. Absa, FirstRand ou encore Ecobank ont chacune amorcé leur virage digital, mais aucune n’a franchi le pas d’une prise de participation majeure dans une licorne nigériane. Standard Bank pourrait ainsi ouvrir la voie à une nouvelle génération d’alliances capitalistiques Sud-Sud.

Reste que l’opération devra franchir plusieurs obstacles. La CBN et l’autorité sud-africaine des services financiers (FSCA) examineront l’origine des fonds, la structure de gouvernance et les mécanismes de lutte contre le blanchiment. La sensibilité politique du dossier n’échappera pas non plus à Abuja, alors que le gouvernement de Bola Tinubu cherche à consolider un secteur financier national fragilisé par la dévaluation du naira et la fuite des capitaux. Le calendrier de finalisation, s’il est confirmé, dépendra donc autant des due diligences que des arbitrages réglementaires transfrontaliers.

Concrètement, un accord entre Standard Bank et OPay pourrait accélérer l’interopérabilité entre wallets et comptes bancaires classiques dans plusieurs marchés d’Afrique de l’Ouest et australe, tout en repositionnant Johannesburg comme place financière incontournable pour la fintech continentale. Selon Financial Afrik.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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