Le déplacement du président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf à Bagdad a produit une inflexion notable sur le dossier le plus sensible de la scène politique irakienne : le monopole étatique des armes. D’après les informations rapportées, la médiation iranienne aurait permis d’esquisser une formule de compromis entre les autorités irakiennes et les factions armées proches de Téhéran, contournant la ligne dure défendue jusqu’ici par le conseiller à la sécurité nationale Qassem al-Aaraji, connu sous le nom d’al-Zaïdi. Ce dernier avait fixé l’échéance de septembre comme date butoir pour l’intégration ou le désarmement des groupes concernés.
Une médiation iranienne aux effets immédiats à Bagdad
La visite de Ghalibaf s’inscrit dans une séquence diplomatique dense entre Téhéran et Bagdad, alors que la pression américaine s’accentue sur le Premier ministre Mohammed Chia al-Soudani pour restreindre l’arsenal des composantes du Hachd al-Chaabi et des factions dites de la Résistance islamique en Irak. Le président du Parlement iranien s’est entretenu avec les principaux responsables irakiens ainsi qu’avec les dirigeants des forces politiques du Cadre de coordination chiite, colonne vertébrale de la majorité gouvernementale. Selon les éléments rapportés, l’objectif affiché consistait à désamorcer une crise dont les répercussions débordent largement le cadre irakien.
La rencontre a permis, indique-t-on, d’aboutir à une voie médiane. Concrètement, l’ultimatum de septembre serait mis en veilleuse, tandis qu’un processus plus graduel, adossé à des garanties politiques, prendrait le relais. Cette inflexion marque une victoire tactique pour les factions armées, qui refusaient tout calendrier contraignant imposé par l’exécutif, et un revers pour l’aile de l’appareil sécuritaire portée par al-Zaïdi.
Al-Zaïdi contraint de reculer sur l’ultimatum de septembre
Le conseiller à la sécurité nationale s’était engagé publiquement sur une trajectoire ferme. Il avait laissé entendre que septembre constituerait un point de bascule, au-delà duquel l’État irakien ne tolérerait plus l’existence d’armements échappant à son autorité. Cette posture répondait à une demande insistante de Washington, relayée par plusieurs canaux diplomatiques depuis le printemps. Reste que la faisabilité politique d’un tel calendrier s’est heurtée à la réalité du rapport de forces au sein de la coalition gouvernementale, où les composantes proches des factions armées disposent d’un poids déterminant.
L’intervention de Ghalibaf a permis de rappeler à Bagdad la nature des équilibres régionaux. Téhéran ne peut accepter un affaiblissement brutal des groupes qui composent, à ses yeux, la profondeur stratégique de l’Axe de la Résistance, particulièrement après les revers subis au Liban et en Syrie depuis fin 2024. Pour la République islamique, préserver le dispositif irakien relève désormais d’un impératif quasi existentiel dans son architecture régionale.
Un compromis fragile sous pression américaine
La formule intermédiaire soulève néanmoins d’importantes interrogations sur sa viabilité. Washington maintient une exigence claire : la neutralisation des capacités militaires autonomes en Irak, notamment celles susceptibles de viser les intérêts américains dans la région ou de participer aux opérations coordonnées avec les autres composantes de l’Axe. Le report de fait de l’échéance de septembre risque de tendre les relations entre Bagdad et l’administration américaine, à un moment où le dossier de la présence militaire américaine en Irak reste ouvert.
Pour al-Soudani, l’exercice d’équilibriste s’annonce délicat. Le chef du gouvernement doit ménager ses partenaires du Cadre de coordination, préserver les canaux avec Téhéran et éviter une rupture ouverte avec Washington, tout en conservant la crédibilité de l’État sur la question du monopole des armes. Le recul apparent d’al-Zaïdi traduit la difficulté à imposer une ligne unifiée au sein même de l’appareil sécuritaire irakien.
À plus long terme, la séquence illustre la persistance de l’influence iranienne sur les grandes décisions politiques à Bagdad, malgré l’affaiblissement stratégique subi par Téhéran depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024 et les frappes israéliennes contre le Hezbollah. Le dossier reviendra probablement sur la table dans les prochains mois, avec des paramètres largement dictés par l’évolution du contexte régional. Selon Al Akhbar, la coordination entre les acteurs irakiens et iraniens se poursuivra pour finaliser les modalités techniques de cette formule de compromis.
Pour aller plus loin
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