L’administration civile israélienne a rendu public un appel d’offres portant sur 1234 unités de logement coloniales dans la zone E1, corridor stratégique situé entre Jérusalem-Est occupée et la colonie de Maalé Adoumim. Cette procédure, dévoilée cette semaine, relance officiellement un plan considéré depuis les années 1990 comme l’un des plus explosifs de la géographie de l’occupation. Elle intervient alors que la Cisjordanie connaît une intensification sans précédent des activités de colonisation depuis le déclenchement de la guerre à Gaza.
Un verrou géographique au cœur de la Cisjordanie
La zone E1 couvre une bande d’environ douze kilomètres carrés reliant Jérusalem à Maalé Adoumim. Son urbanisation par des logements israéliens interrompt la continuité territoriale entre le nord et le sud de la Cisjordanie, tout en isolant les quartiers palestiniens de Jérusalem-Est de leur arrière-pays. Les diplomates européens et américains ont, pendant vingt ans, qualifié ce périmètre de ligne rouge, arguant qu’il ruinerait toute perspective de solution à deux États. Les gouvernements successifs de Benyamin Netanyahou ont fait valider les étapes administratives préalables sans jamais franchir le seuil de la commercialisation des lots.
Le franchissement de cette étape marque donc une rupture. L’appel d’offres ouvre la voie à la sélection d’entrepreneurs privés et à la mise en chantier proprement dite. Selon les documents diffusés, les 1234 unités seront réparties sur plusieurs parcelles adjacentes à Maalé Adoumim, qui abrite déjà près de 40 000 colons. Le projet global de la zone, une fois achevé, prévoit à terme plusieurs milliers de logements supplémentaires ainsi que des zones industrielles et commerciales.
Une accélération coloniale depuis octobre 2023
Le lancement de la procédure s’inscrit dans une séquence d’accélération continue. Depuis le début de la guerre à Gaza, le ministre des Finances Bezalel Smotrich, en charge d’un portefeuille dédié à l’administration de la Cisjordanie, a multiplié les décisions favorables au mouvement colonial. Approbation rétroactive d’avant-postes sauvages, transferts de compétences du militaire au civil, régularisation foncière expresse : les leviers administratifs se sont enchaînés. Le projet E1 apparaît comme l’aboutissement politique de cette dynamique.
Sur le terrain, les organisations israéliennes de suivi de la colonisation, dont La Paix maintenant, documentent une hausse historique du nombre d’unités approuvées en 2024 et 2025. Les démolitions de structures palestiniennes dans la zone C, où se trouve E1, ont parallèlement atteint des sommets. Plusieurs communautés bédouines établies sur le tracé du futur projet, notamment celle de Khan al-Ahmar, vivent sous la menace directe d’un déplacement forcé qu’ordonnances judiciaires et pressions administratives préparent depuis longtemps.
Un pari diplomatique assumé face aux capitales occidentales
Le gouvernement israélien fait le pari que les partenaires occidentaux, absorbés par la gestion de la guerre à Gaza et la reconstruction régionale, n’auront ni la volonté ni les moyens d’imposer un coût politique à cette décision. Berlin, Paris, Londres et Bruxelles ont, à plusieurs reprises depuis 2012, publiquement mis en garde contre le développement de E1. La reconnaissance de l’État de Palestine par la France, le Royaume-Uni, le Canada et plusieurs autres capitales à l’automne 2025 aurait pu constituer un signal dissuasif. Elle n’a manifestement pas modifié l’équation à Jérusalem-Ouest.
Pour les Palestiniens, l’enjeu dépasse la question foncière. L’Autorité palestinienne, dont les prérogatives territoriales s’érodent année après année, y voit une manœuvre destinée à préempter toute négociation future sur les frontières. Les factions politiques, y compris celles opposées à Ramallah, dénoncent une politique du fait accompli visant à sanctuariser le contrôle israélien sur le grand Jérusalem. Les chancelleries arabes, en particulier Amman et Le Caire, redoutent quant à elles les répercussions déstabilisatrices sur leurs propres populations d’origine palestinienne.
Reste à observer le calendrier concret des travaux. Entre la clôture de l’appel d’offres, la sélection des adjudicataires et le démarrage effectif des chantiers, plusieurs mois s’écouleront. Cette fenêtre offre théoriquement un espace de manœuvre diplomatique, à condition qu’une pression coordonnée s’exerce sur le gouvernement israélien. Selon Al Akhbar, l’annonce a été confirmée par les services de l’administration civile en charge des colonies.
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