Israël reconnaît la responsabilité de la mort du journaliste Issam Abdallah

Military person in camouflage with camera amidst rubble, capturing images.Photo : Олександр Рихлицький / Pexels

La reconnaissance par Israël de la mort du journaliste libanais Issam Abdallah marque un tournant dans une affaire suivie de près par les organisations de défense de la presse. Selon les éléments rapportés par le quotidien Al Akhbar, les autorités militaires israéliennes ont admis l’implication directe de leurs forces dans la frappe qui a tué le reporter de l’agence Reuters, le 13 octobre 2023, près du village d’Alma al-Chaab, à la frontière sud-libanaise. L’aveu intervient après plus de deux années d’enquêtes menées par des médias internationaux, des ONG et la justice libanaise, qui pointaient déjà la responsabilité de Tsahal.

Un aveu attendu après deux ans d’enquêtes convergentes

Issam Abdallah, âgé de 37 ans au moment de sa mort, couvrait les échanges de tirs entre l’armée israélienne et le Hezbollah depuis les premiers jours de l’embrasement de la frontière libano-israélienne, déclenché en parallèle de la guerre de Gaza. Le 13 octobre 2023, un groupe de sept journalistes clairement identifiés par leurs gilets et casques siglés « Press » a été visé par deux tirs successifs. Le premier obus a tué le reporter de Reuters sur le coup. Le second, tiré moins d’une minute plus tard, a grièvement blessé la journaliste de l’AFP Christina Assi, amputée par la suite d’une jambe.

Des enquêtes menées par Reuters, l’AFP, Amnesty International, Human Rights Watch et la mission de l’ONU au Liban (FINUL) avaient toutes conclu à l’origine israélienne des tirs, identifiant un char Merkava positionné de l’autre côté de la frontière. Les analyses balistiques et les images recueillies sur place excluaient l’hypothèse d’un échange de tirs ou d’une confusion sur la nature des cibles. Le groupe de journalistes était stationné en terrain découvert, à distance des positions du Hezbollah, depuis plus d’une heure.

Un précédent pour la justice internationale

L’aveu israélien rapporté par Al Akhbar pourrait nourrir les procédures déjà engagées. Reporters sans frontières a déposé en 2024 une nouvelle plainte devant la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre visant des journalistes au Liban et à Gaza. La famille d’Issam Abdallah, soutenue par plusieurs cabinets internationaux dont la Mission Internationale Justice (MIJ), a également saisi des juridictions européennes au titre de la compétence universelle. La reconnaissance officielle, si elle se confirme dans toute sa portée, fragiliserait la ligne de défense traditionnelle de l’État hébreu, fondée sur l’erreur opérationnelle ou l’absence d’intentionnalité.

Le contexte est lourd. Depuis octobre 2023, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) recense la mort de plus de 200 professionnels des médias dans les conflits de Gaza et du sud-Liban, soit le bilan le plus meurtrier jamais documenté pour la profession sur une période aussi courte. La majorité de ces décès sont attribués à des frappes israéliennes. À Beyrouth, le ministère libanais de l’Information a déjà saisi le Conseil de sécurité de l’ONU à plusieurs reprises, sans qu’aucune sanction n’ait à ce jour été prononcée.

Beyrouth entre exigence de justice et réalisme diplomatique

Pour les autorités libanaises, l’admission israélienne constitue un levier diplomatique mais aussi un test. Le gouvernement, fragilisé par la crise économique et la recomposition politique post-cessez-le-feu de novembre 2024, doit arbitrer entre la pression de l’opinion publique, qui réclame des poursuites, et les négociations en cours sur la démarcation frontalière et le déploiement de l’armée libanaise au sud du fleuve Litani. Plusieurs responsables au Sérail ont indiqué vouloir verser la reconnaissance israélienne aux dossiers transmis aux instances onusiennes.

Reste la question, plus large, du statut des journalistes embarqués ou de proximité dans les zones de guerre asymétrique. Les conventions de Genève leur reconnaissent une protection équivalente à celle des civils. Sur le terrain, la multiplication des frappes de précision contre des équipes identifiées, dans le sud du Liban comme dans la bande de Gaza, interroge sur l’effectivité de ce cadre juridique. Selon Al Akhbar, l’aveu israélien pourrait n’être qu’une première étape dans un processus contentieux appelé à se prolonger pendant plusieurs années.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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