Baaba Maal porte la voix du Sénégal à la tribune de l’ONU

Elderly man laughing and playing a gourd shaker on a beach, wearing vibrant traditional attire.Photo : Bolarinwa Olasunkanmi / Pexels

Figure majeure de la scène musicale ouest-africaine, Baaba Maal a représenté le Sénégal et une partie du continent africain lors d’une tribune de l’Organisation des Nations unies (ONU) tenue à Oulan-Bator, capitale de la Mongolie. Le chanteur, ambassadeur de longue date des causes environnementales et sociales, y a défendu une lecture africaine des grands défis contemporains, du climat à la place de la jeunesse dans les processus décisionnels.

Un porte-voix africain dans un forum multilatéral

Le choix de Baaba Maal ne relève pas du hasard. Depuis plus d’une décennie, l’artiste originaire de Podor, dans le nord du Sénégal, a fait de la scène internationale un prolongement de son engagement de terrain. Ambassadeur de bonne volonté du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), il a multiplié les prises de parole dans des enceintes où la voix des sociétés civiles africaines demeure encore minoritaire. Son intervention à Oulan-Bator s’inscrit dans cette continuité, avec un message centré sur la solidarité entre les Suds et sur la nécessité d’associer les communautés locales aux politiques globales.

La tribune mongole a offert un cadre atypique. Rarement citée dans les circuits diplomatiques africains, la capitale d’Asie centrale accueille néanmoins un nombre croissant de rencontres onusiennes consacrées aux économies enclavées, à la transition énergétique et à la préservation des écosystèmes fragiles. Pour Dakar, y projeter une personnalité culturelle de premier plan revient à occuper un espace symbolique où la diplomatie classique est peu présente.

Culture et soft power sénégalais

La démarche s’inscrit dans une stratégie plus large de valorisation du soft power sénégalais. Depuis plusieurs années, les autorités successives à Dakar cultivent l’image d’un pays capable de faire entendre sa voix par ses artistes, ses intellectuels et ses institutions culturelles. Baaba Maal, avec son festival annuel des Blues du Fleuve organisé à Podor, incarne ce lien entre ancrage local et rayonnement mondial. Sa musique, mêlant pulaar et sonorités contemporaines, a franchi les frontières du continent bien avant que la diplomatie culturelle ne devienne un instrument revendiqué de politique étrangère.

Sur le fond, l’artiste a rappelé combien les crises environnementales frappent en premier les populations qui y ont le moins contribué. Les riverains du fleuve Sénégal, comme les éleveurs mongols, partagent une exposition directe aux dérèglements climatiques, à la raréfaction de l’eau et aux mutations rapides des modes de vie. Ce parallèle, dressé devant un auditoire international, offre une grille de lecture concrète des inégalités climatiques que les négociations multilatérales peinent encore à traduire en engagements financiers contraignants.

Une diplomatie d’influence en construction

Reste que la portée de ce type d’intervention dépend de la capacité des États africains à capitaliser sur ces prises de parole. Une tribune, aussi symbolique soit-elle, n’a de véritable effet qu’adossée à un travail diplomatique de fond, mené par les représentations permanentes et les ministères concernés. Le Sénégal, membre non permanent à plusieurs reprises d’instances onusiennes et acteur reconnu au sein de l’Union africaine, dispose d’un capital diplomatique qui gagne à être articulé avec ces voix culturelles.

Par ailleurs, la présence de Baaba Maal à Oulan-Bator souligne un déplacement progressif des centres d’intérêt africains. Longtemps polarisée vers Paris, Bruxelles et New York, la diplomatie culturelle sénégalaise s’ouvre à des géographies moins évidentes, à l’image des échanges renforcés avec l’Asie centrale, la Turquie ou les pays du Golfe. Ce redéploiement accompagne la diversification des partenariats économiques et politiques que Dakar cherche à consolider depuis le changement de régime intervenu en 2024.

Concrètement, l’enjeu pour les autorités sénégalaises consistera à transformer cette visibilité en projets tangibles, qu’il s’agisse de coopération culturelle, d’échanges universitaires ou de financements climatiques ciblés sur les zones vulnérables du bassin du fleuve Sénégal. Sans cet ancrage opérationnel, l’onde portée par la voix de Baaba Maal risquerait de se dissiper dans le brouhaha habituel des sommets multilatéraux. Selon Seneweb.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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