Licences de pêche au Sénégal : la commission d’enquête ouvre ses auditions

Vibrant fishing boats lined along a bustling coastal village with bright blue skies, encapsulating a lively marine scene.Photo : Lom Doudou / Pexels

Les auditions de la commission d’enquête chargée d’examiner les conditions d’attribution des licences de pêche au Sénégal débutent ce mercredi. L’instance, mise en place dans un climat de forte attente citoyenne, doit faire la lumière sur un processus longtemps critiqué pour son opacité. Les premières convocations ciblent les acteurs institutionnels directement impliqués dans la délivrance des autorisations aux navires nationaux et étrangers.

Le dossier dépasse la simple question administrative. Il touche à un pilier économique majeur du pays, où la pêche artisanale fait vivre plusieurs centaines de milliers de familles et alimente une part significative des exportations. La contestation s’est amplifiée ces dernières années autour de la présence de chalutiers étrangers, en particulier chinois, turcs et européens, accusés d’épuiser les stocks côtiers.

Un dossier au cœur de la souveraineté halieutique

L’attribution des licences de pêche cristallise depuis plusieurs mandatures les tensions entre impératifs diplomatiques, intérêts économiques privés et préservation des ressources. Les ONG spécialisées, à l’image de Greenpeace Afrique, ont régulièrement dénoncé l’absence de publication exhaustive de la liste des navires autorisés à opérer dans les eaux sénégalaises. Cette revendication de transparence figure parmi les premières décisions annoncées par les autorités issues de l’alternance de mars 2024.

Le nouveau pouvoir, porté par le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, avait fait de l’audit du secteur halieutique un engagement de campagne. La publication, en mai 2024, d’une liste officielle des bateaux détenteurs d’une licence constituait une première étape. La commission d’enquête parlementaire prolonge cette démarche en interrogeant la régularité juridique et administrative des autorisations délivrées sous les gouvernements précédents.

Des auditions scrutées par la filière

Les travaux de la commission intéressent au premier chef les professionnels de la pêche artisanale, longtemps en première ligne face à la raréfaction du poisson sur les côtes de Saint-Louis, Mbour ou Kayar. La diminution des captures a nourri, ces dernières années, une partie des départs irréguliers vers les îles Canaries, les pêcheurs désœuvrés figurant parmi les candidats les plus nombreux à la migration par voie maritime. Toute lecture strictement technique du dossier passerait à côté de cette dimension sociale.

Les armateurs industriels, de leur côté, redoutent une remise en cause rétroactive de licences en cours de validité. Les contrats de pêche signés avec des partenaires étrangers, notamment l’accord liant Dakar à l’Union européenne, pourraient faire l’objet d’un examen approfondi. Ce protocole, négocié dans le cadre des accords de partenariat de pêche durable, autorise des thoniers européens à opérer dans la zone économique exclusive sénégalaise contre une contrepartie financière et sectorielle.

Un signal politique pour la nouvelle gouvernance

Au-delà du secteur halieutique, les auditions constituent un test pour la méthode de reddition des comptes revendiquée par les autorités en place. Plusieurs commissions d’enquête et audits ont été annoncés depuis l’arrivée du nouveau régime, portant sur les finances publiques, les marchés d’infrastructures ou la gestion foncière. La capacité du Parlement à mener des travaux approfondis, étayés et audibles conditionnera la crédibilité de l’ensemble de la démarche.

La commission devra également composer avec la complexité technique de la matière. L’évaluation des stocks halieutiques, la classification des engins de pêche, la distinction entre licences de surface et licences démersales ou le suivi satellitaire des navires relèvent d’une expertise pointue. Les parlementaires pourraient s’appuyer sur les travaux du Centre de recherches océanographiques de Dakar-Thiaroye et sur les données collectées par la Direction de la protection et de la surveillance des pêches.

Les conclusions de la commission sont attendues dans les prochains mois. Elles pourraient déboucher sur une refonte du cadre réglementaire régissant l’accès aux eaux sénégalaises, voire sur des poursuites judiciaires si des irrégularités caractérisées venaient à être établies. Pour Dakar, l’enjeu dépasse la seule gestion d’un secteur : il engage la crédibilité d’une promesse politique centrale, celle d’une souveraineté retrouvée sur les ressources naturelles. Selon Seneweb, les premières auditions s’ouvrent ce mercredi.

Pour aller plus loin

Éthiopie : Abiy Ahmed reconduit Premier ministre par le Parlement · Conseil constitutionnel : Paul Nchoji Nkwi assure l’intérim au Cameroun · La LSDH salue l’ouverture d’enquêtes sur les violences de 2021-2024

Actualité africaine

About the Author

Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

Be the first to comment on "Licences de pêche au Sénégal : la commission d’enquête ouvre ses auditions"

Laisser un commentaire