La commission d’enquête réclamée en Israël après l’attaque du 7 octobre 2023 reste lettre morte. Les familles de victimes, une large part de l’opinion et plusieurs responsables de l’appareil sécuritaire exigent depuis des mois la création d’une commission d’enquête d’État, seule instance jugée indépendante pour disséquer les manquements qui ont permis l’offensive menée depuis la bande de Gaza. Benjamin Netanyahou, lui, s’y oppose méthodiquement. Le résultat tient en une formule : ni commission, ni enquêteurs, ni perspective de vérité institutionnelle à court terme.
Un blocage politique assumé par Netanyahou
Le Premier ministre israélien récuse l’idée même d’une commission d’enquête d’État présidée par un juge désigné par le président de la Cour suprême. Il privilégie un format alternatif, placé sous contrôle politique, dont la composition serait négociée avec sa coalition. Ses opposants y voient une manœuvre destinée à neutraliser toute remise en cause de la responsabilité du cabinet, de ses choix sécuritaires et de la doctrine de contention à l’égard du Hamas avant le 7 octobre. La bataille porte moins sur le principe de l’enquête que sur l’identité de ceux qui la conduiront.
L’armée et le Shin Bet ont, de leur côté, publié leurs propres bilans internes. Le chef d’état-major sortant comme l’ancien patron du renseignement intérieur ont reconnu publiquement leurs échecs et quitté leurs fonctions. Le pouvoir politique, lui, n’a procédé à aucun examen comparable. Ce décalage nourrit un sentiment d’injustice au sein de l’establishment sécuritaire, où plusieurs voix dénoncent une tentative d’instrumentaliser l’uniforme pour exonérer l’échelon ministériel.
Les familles de victimes en première ligne
Les proches des 1 200 personnes tuées lors de l’attaque et des otages emmenés à Gaza se sont constitués en force de pression. Rassemblements hebdomadaires, pétitions, actions devant la Cour suprême : leur mobilisation vise à contraindre le gouvernement à accepter un cadre d’enquête contraignant. Plusieurs sondages publiés dans la presse israélienne indiquent qu’une majorité nette des citoyens soutient la mise en place d’une commission d’État, y compris parmi les électeurs de la coalition au pouvoir.
Reste que la mécanique institutionnelle joue en faveur de l’exécutif. Tant que la coalition tient à la Knesset, aucun vote ne peut imposer un format que Netanyahou refuse. Les recours judiciaires engagés par les familles et par le mouvement des réservistes avancent lentement. La Cour suprême, elle-même sous pression depuis la réforme judiciaire engagée en 2023, se montre prudente avant de trancher un dossier aussi explosif.
Une fracture durable au sommet de l’État
Au-delà de la question procédurale, l’absence de commission cristallise une crise de confiance plus large entre le pouvoir politique et les institutions sécuritaires. Plusieurs anciens responsables, dont des chefs du Mossad et des commandants d’unités d’élite, ont rejoint la demande d’enquête indépendante. Leur argument : sans examen rigoureux des chaînes de décision, aucune réforme crédible de la doctrine de défense ne pourra être engagée face aux fronts ouverts avec le Hezbollah, l’Iran et les milices irakiennes.
Les partenaires de coalition de Netanyahou, notamment les formations de la droite religieuse et nationaliste, défendent la ligne du Premier ministre. Pour eux, une commission d’enquête d’État reviendrait à offrir une tribune à l’opposition et pourrait précipiter des législatives anticipées. Le calcul partisan prime donc sur la demande sociale, dans un pays encore mobilisé militairement et profondément divisé sur l’après-guerre.
Le dossier illustre aussi les limites d’un système politique où la responsabilité ministérielle s’efface derrière la survie des coalitions. Chaque semaine qui passe sans décision affaiblit la perspective d’une vérité officielle sur les heures qui ont précédé l’attaque. Les archives s’épaississent, les témoignages se dispersent, les protagonistes changent de fonction. L’impasse israélienne autour de la commission d’enquête devient, en soi, un symptôme politique.
Selon Al Akhbar.
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