Liban : Joseph Aoun et le Hezbollah s’opposent sur l’accord-cadre

Stunning view of Tbilisi's Presidential Palace and modern architecture under a cloudy sky.Photo : Irakli Tskipurishvili / Pexels

La scène politique libanaise traverse une nouvelle séquence de tension. Le président de la République, Joseph Aoun, et la direction du Hezbollah campent sur des lignes ouvertement divergentes autour d’un projet d’accord-cadre destiné à baliser le dossier des armes du parti chiite. Selon la lecture du quotidien libanais Al Akhbar, le chef de l’État accentuerait la pression sur la formation dirigée par Cheikh Naïm Qassem, en la désignant comme responsable des conséquences d’un éventuel échec. Une manière, à Beyrouth, de transférer la charge politique d’un scénario dont les contours restent flous.

Un accord-cadre contesté par le Hezbollah

Dans une intervention publique récente, Naïm Qassem a formellement rejeté l’architecture du texte tel qu’il circule dans les cercles institutionnels libanais. Le successeur de Hassan Nasrallah dénonce à la fois l’accord-cadre proprement dit, l’idée de zones dites expérimentales, le mécanisme de vérification associé et l’identité des parties amenées à y prendre part. Ces quatre points de crispation résument, à eux seuls, la profondeur du désaccord entre le mouvement et la présidence de la République.

Pour le Hezbollah, l’enjeu dépasse la seule question technique du contrôle des armes. Le parti considère que la formule proposée revient à institutionnaliser une supervision extérieure sur ses capacités militaires, à un moment où les frappes israéliennes se poursuivent dans le sud du pays et où la frontière demeure une zone active. Concrètement, la direction du mouvement estime que les mécanismes de vérification envisagés ouvriraient la porte à des acteurs jugés non neutres, compromettant la logique de dissuasion revendiquée depuis 2006.

Joseph Aoun et la stratégie de la responsabilité partagée

Élu à la magistrature suprême après un long vide institutionnel, Joseph Aoun s’est engagé, dès son discours d’investiture, à consolider le monopole étatique sur l’usage de la force. Cette orientation, saluée par Washington et Paris, se heurte toutefois à la réalité d’un équilibre confessionnel fragile et au poids parlementaire du tandem chiite Hezbollah-Amal. En désignant le parti de Naïm Qassem comme comptable des développements à venir, la présidence cherche à préparer l’opinion à d’éventuelles crispations sécuritaires.

Cette posture s’inscrit dans un calendrier régional chargé. Les émissaires américains, en particulier, multiplient les allers-retours entre Beyrouth et les capitales du Golfe pour arrimer le dossier libanais à la trajectoire plus large de la désescalade entre Israël et l’axe iranien. Reste que la marge de manœuvre de la présidence libanaise demeure étroite, faute de leviers financiers et sécuritaires suffisants pour imposer un cadre contraignant à une force paramilitaire aussi structurée que le Hezbollah.

Zones expérimentales et mécanismes de vérification : le nœud technique

Le concept de zones expérimentales, tel qu’il transparaît des discussions, renverrait à des périmètres géographiques circonscrits, principalement dans le sud du Litani, où un dispositif de vérification serait mis en œuvre à titre pilote. Le principe, séduisant sur le papier, se heurte à une objection politique majeure : le Hezbollah refuse toute logique de test qui, selon lui, préfigurerait un désarmement plus large et non négocié. Le parti conteste également l’idée que des observateurs internationaux, potentiellement adossés à des puissances occidentales, puissent circuler dans ces zones.

Cheikh Naïm Qassem insiste, à cet égard, sur la nécessité d’un dialogue strictement libano-libanais, préalable à toute discussion sur la stratégie de défense nationale. Cette exigence, régulièrement rappelée par la direction du mouvement, vise à écarter les cadres imposés de l’extérieur, qu’il s’agisse de la résolution 1701 réinterprétée ou d’arrangements bilatéraux inspirés par Washington. Dans le même temps, la formation chiite maintient son opposition à l’inclusion d’acteurs qu’elle juge alignés sur l’agenda israélien.

Le bras de fer entre la présidence et le Hezbollah confirme que la question des armes reste, huit mois après la fin de la dernière séquence de guerre ouverte avec Israël, le principal point d’achoppement institutionnel du pays. À court terme, l’absence de convergence entre Baabda et Haret Hreik nourrit un climat d’incertitude susceptible de peser sur la reprise économique et sur les négociations en cours avec le Fonds monétaire international. Selon Al Akhbar, Joseph Aoun poursuit sa ligne malgré le rejet frontal exprimé par la direction du parti chiite.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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