Deux délégations affiliées aux Forces de soutien rapide (FSR), la milice paramilitaire soudanaise dirigée par le général Mohamed Hamdan Dagalo, auraient effectué des visites secrètes en Israël en 2025 et 2026. L’information, révélée par un rapport français relayé par le quotidien libanais Al Akhbar, dessine les contours d’un rapprochement discret entre l’appareil sécuritaire israélien et l’une des principales parties du conflit soudanais. Ces contacts interviennent alors que la guerre entre les FSR et l’armée régulière soudanaise (SAF) entre dans sa troisième année, avec un bilan humanitaire parmi les plus lourds au monde.
Une diplomatie parallèle menée loin des radars
Selon les éléments rapportés, les déplacements se sont déroulés dans la plus grande confidentialité, à l’écart des canaux diplomatiques officiels. Le choix d’Israël comme destination n’a rien d’anodin. Depuis la signature des accords d’Abraham en 2020, Khartoum figurait sur la liste des capitales arabes engagées dans un processus de normalisation avec l’État hébreu, un dossier resté suspendu depuis le déclenchement du conflit en avril 2023. Les FSR, en dépêchant leurs émissaires à Tel-Aviv, semblent chercher à capitaliser sur cette ouverture pour se doter d’un relais international.
Le rapport français, dont les conclusions sont reprises par Al Akhbar, décrit une démarche méthodique. Les deux délégations auraient rencontré des interlocuteurs sécuritaires et politiques israéliens, sans que la nature exacte des accords évoqués ne soit rendue publique. La chronologie retenue, qui couvre 2025 et déborde sur 2026, suggère un dialogue installé dans la durée plutôt qu’un contact ponctuel.
Hemedti à la recherche d’une légitimité internationale
Depuis le début de l’offensive contre les Forces armées soudanaises du général Abdel Fattah al-Burhan, Hemedti multiplie les tentatives pour sortir de l’isolement diplomatique. Ses déplacements en Afrique de l’Est, ses rencontres avec plusieurs chefs d’État du continent et son activisme dans les médias sociaux traduisent une stratégie de reconnaissance politique. Le chef des FSR sait que la victoire militaire, à supposer qu’elle soit atteignable, ne suffira pas sans un ancrage international minimal.
Un canal israélien offrirait, dans cette logique, un double avantage. Il permettrait d’accéder à des capacités de renseignement, de sécurité et potentiellement d’armement sophistiqué. Il constituerait aussi un point d’entrée vers Washington, où le lobby pro-israélien pèse traditionnellement lourd sur les orientations de l’administration américaine à l’égard de l’Afrique de l’Est et de la Corne. Reste que ce pari comporte un risque politique majeur : celui d’aliéner une partie du soutien arabe et musulman dont les FSR ont besoin, à commencer par leurs parrains présumés dans le Golfe.
Un jeu régional aux ramifications multiples
Le conflit soudanais s’est progressivement transformé en champ d’affrontement par procuration. Les Émirats arabes unis sont régulièrement cités comme soutien logistique et financier des FSR, une accusation que Abou Dhabi rejette. L’Égypte, la Turquie et l’Iran apparaissent, à des degrés divers, du côté de l’armée régulière. Dans cet enchevêtrement, une ouverture des FSR vers Israël redistribuerait les cartes et poserait des questions inédites aux capitales arabes engagées dans la médiation.
Pour Tel-Aviv, l’intérêt d’un tel dialogue tient moins au Soudan proprement dit qu’à son ouverture sur la mer Rouge, corridor stratégique où se croisent la sécurité maritime, les câbles sous-marins et les routes énergétiques. La rive occidentale de ce couloir demeure disputée entre les factions soudanaises et convoitée par plusieurs puissances extérieures. Un accès, même indirect, à des acteurs contrôlant une portion du territoire soudanais constituerait un atout dans la compétition régionale contre l’axe Téhéran-Ansar Allah.
À ce stade, ni les FSR ni le gouvernement israélien n’ont confirmé publiquement l’existence de ces rencontres. Les autorités de Port-Soudan, où siège l’administration alignée sur l’armée régulière, sont susceptibles d’exploiter cette révélation pour discréditer davantage leur adversaire aux yeux de l’opinion arabe. Selon Al Akhbar, ces visites confidentielles s’inscrivent dans un schéma diplomatique appelé à se prolonger.
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