Aoun réaffirme le monopole étatique des armes au Liban

View of La Moneda Palace and surrounding park area in Santiago, Chile.Photo : Marcelo Rodrigo / Pexels

Le président libanais Joseph Aoun a profité de la cérémonie marquant l’anniversaire de la disparition de l’imam Moussa Sadr, fondateur du mouvement Amal évanoui en Libye en août 1978, pour réaffirmer la volonté de Beyrouth de placer l’ensemble des armements sous l’autorité exclusive de l’État. Le chef de l’État a lié cet engagement à la mise en œuvre pleine et entière de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2006 au terme du conflit entre Israël et le Hezbollah. Une prise de position qui intervient dans un climat régional particulièrement volatil.

Le monopole des armes, pierre angulaire du discours présidentiel

Élu en janvier 2025 après plus de deux ans de vacance à la magistrature suprême, l’ancien commandant en chef de l’armée libanaise a fait de la centralité des institutions sécuritaires un axe structurant de son mandat. En invoquant explicitement la « hasriyat as-silah », soit l’exclusivité du port d’armes par l’État, Joseph Aoun s’inscrit dans la continuité de sa déclaration ministérielle et confirme un cap qui heurte frontalement les prérogatives que le Hezbollah s’est arrogées depuis les années 1980. La formule, martelée à l’occasion d’une commémoration chiite, prend une résonance particulière : elle s’adresse autant à la communauté qu’aux partenaires internationaux du pays du Cèdre.

La résolution 1701, adoptée à l’unanimité le 11 août 2006, prévoit notamment le déploiement de l’armée libanaise au sud du fleuve Litani et le désarmement des groupes armés non étatiques dans cette zone. Près de vingt ans après son adoption, son application demeure partielle. La guerre menée par Israël contre le Hezbollah entre septembre et novembre 2024, sanctionnée par un cessez-le-feu fragile, a remis ce texte au cœur du jeu diplomatique. Washington et Paris pressent depuis Beyrouth d’accélérer le calendrier.

La mémoire de Moussa Sadr comme levier politique

Le choix de la tribune n’a rien de fortuit. Figure fondatrice du chiisme politique libanais, l’imam Moussa Sadr incarne une lecture pluraliste de la citoyenneté, éloignée de la stricte logique de résistance armée qui s’est imposée avec la naissance du Hezbollah au début des années 1980. En s’exprimant devant les héritiers institutionnels d’Amal, le président Aoun renvoie implicitement la balle au camp chiite : la loyauté à l’héritage sadriste passe, selon cette lecture, par l’adhésion à un projet étatique unifié. Le message vise également Nabih Berri, président du Parlement et chef historique du mouvement Amal, allié du Hezbollah mais interlocuteur privilégié de la présidence sur les dossiers sensibles.

Cette séquence intervient alors que le gouvernement de Nawaf Salam, en fonction depuis février 2025, planche sur une feuille de route destinée à confier progressivement à l’armée libanaise l’ensemble des positions et des équipements militaires détenus par des acteurs non étatiques. Le dossier est explosif. Le Hezbollah, affaibli par les frappes israéliennes et la disparition de son secrétaire général Hassan Nasrallah, refuse toutefois publiquement toute logique de désarmement unilatéral tant que subsistent l’occupation de points frontaliers par l’armée israélienne et les raids récurrents sur le territoire libanais.

Un équilibre diplomatique sous haute tension

Pour la présidence libanaise, la référence à la résolution 1701 offre un cadre juridique international qui dépersonnalise la question du désarmement. En liant la « hasriyat as-silah » à un engagement onusien, Joseph Aoun cherche à extraire le débat du champ purement confessionnel pour le replacer sur le terrain du droit international. Cette stratégie sert également à consolider la crédibilité de Beyrouth auprès des bailleurs du Golfe, dont le retour financier conditionne toute perspective de sortie de la crise économique amorcée en 2019.

Reste que le calendrier demeure incertain. L’émissaire américain Amos Hochstein et son successeur ont multiplié les navettes pour arracher des garanties concrètes. Concrètement, aucune échéance publique n’a été fixée pour l’aboutissement du processus. Le discours prononcé lors de la commémoration Sadr apparaît dès lors comme une nouvelle pierre posée dans un édifice diplomatique dont la stabilité dépendra autant de la retenue israélienne que de la souplesse du Hezbollah. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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