Le Sénégal explore désormais l’option du nucléaire civil comme levier de sa souveraineté énergétique. Dakar souhaite diversifier son bouquet électrique en s’appuyant à la fois sur une expertise nationale en construction et sur l’accompagnement technique de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). La démarche traduit la volonté du gouvernement de sécuriser l’approvisionnement du pays au moment où la demande d’électricité progresse et où les hydrocarbures récemment exploités ne suffiront pas, à eux seuls, à couvrir les besoins de long terme.
Le nucléaire civil, nouvelle pièce de la stratégie énergétique sénégalaise
La réflexion engagée par les autorités sénégalaises s’inscrit dans une trajectoire plus large de refonte du mix énergétique national. Après avoir misé sur le gaz naturel issu des gisements offshore et sur les énergies renouvelables, l’État souhaite ajouter une composante nucléaire pour stabiliser la production de base. L’objectif affiché est de réduire la dépendance aux importations d’hydrocarbures raffinés et de contenir le coût du kilowattheure, encore élevé au regard de la moyenne ouest-africaine.
Le choix du nucléaire ne relève pas d’une décision isolée. Plusieurs pays africains, du Ghana au Rwanda en passant par le Kenya, examinent des options similaires, souvent orientées vers les petits réacteurs modulaires (SMR), technologie jugée plus adaptée à des réseaux électriques de taille intermédiaire. Pour Dakar, il s’agit de sécuriser une production continue capable de compléter l’intermittence du solaire et de l’éolien, tout en tenant les engagements climatiques pris dans le cadre de l’Accord de Paris.
L’AIEA en appui, un cadre technique et normatif exigeant
L’Agence internationale de l’énergie atomique joue un rôle central dans cette phase préparatoire. Basée à Vienne, l’agence des Nations unies accompagne les États candidats à travers un processus normalisé en trois phases, allant de l’évaluation initiale du bien-fondé du projet jusqu’à la mise en service d’un premier réacteur. Ce parcours couvre 19 domaines, parmi lesquels la sûreté, la radioprotection, la gestion des déchets, le cadre juridique, la formation des ressources humaines et la structuration du régulateur national.
Concrètement, le Sénégal doit démontrer sa capacité à ériger une autorité de sûreté indépendante, condition non négociable pour prétendre exploiter un réacteur civil. La construction d’un tel cadre institutionnel prend habituellement une décennie, voire davantage. Les Émirats arabes unis, souvent cités en référence, ont mis près de quinze ans entre la décision politique de se doter du nucléaire et la mise en service du premier réacteur de la centrale de Barakah. Le calendrier sénégalais s’annonce donc long, méthodique, et scruté par les bailleurs internationaux.
Expertise locale, formation et défis industriels
Dakar mise également sur la montée en compétence de ses cadres. Plusieurs ingénieurs sénégalais ont déjà été formés à l’étranger dans les disciplines nucléaires, et des partenariats universitaires sont en discussion pour élargir ce vivier. Le pays dispose par ailleurs, depuis plusieurs années, d’une expérience dans les applications non énergétiques du nucléaire, notamment en médecine, en agriculture et en hydrologie, sous supervision de l’AIEA. Ce socle technique constitue un point d’appui, sans pour autant préjuger d’une capacité industrielle à opérer une centrale.
Le financement demeure la variable la plus délicate. Un réacteur de puissance conventionnelle représente un investissement de plusieurs milliards de dollars, généralement structuré via des consortiums impliquant un fournisseur de technologie, des banques publiques et des garanties souveraines. Les SMR, moins onéreux à l’unité, restent une technologie émergente dont peu d’exemplaires sont opérationnels dans le monde. Le Sénégal devra donc arbitrer entre maturité technologique, coût d’entrée et exposition géopolitique liée au choix du fournisseur, qu’il vienne de Russie, de Chine, de Corée du Sud, de France ou des États-Unis.
Un signal politique fort pour Dakar
Au-delà de la question technique, l’annonce revêt une portée diplomatique. En se positionnant sur le nucléaire civil, le Sénégal affirme une ambition d’autonomie stratégique et cherche à peser dans les futures négociations énergétiques régionales, notamment au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Le pays entend également capter des investissements industriels attirés par la promesse d’une électricité stable et compétitive, argument central pour développer une base manufacturière.
Reste que le chemin est semé d’obstacles : acceptabilité sociale, gestion des déchets, robustesse du réseau de transport, capacité à absorber un réacteur de plusieurs centaines de mégawatts. Autant de chantiers qui conditionneront la crédibilité du projet dans la décennie à venir. Selon Dakaractu, les autorités sénégalaises et l’AIEA poursuivent leurs échanges pour définir le calendrier des prochaines étapes.
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