Sénégal : 1 956 milliards de FCFA d’arriérés justifient l’appel au FMI

Fishermen bring in their catch near the shore of a vibrant Senegalese coast.Photo : Amaury Michaux / Pexels

Le Sénégal doit près de 1 956 milliards de FCFA à ses fournisseurs et prestataires privés, un montant d’arriérés qui pèse lourdement sur la trésorerie des entreprises et sur la crédibilité financière de l’État. Cette évaluation, avancée par l’économiste et ancien haut cadre bancaire Al Aminou Lo, justifie selon lui la nécessité d’un nouveau programme conclu avec le Fonds monétaire international (FMI). L’ampleur de ces impayés, cumulés sur plusieurs exercices, illustre l’étendue des déséquilibres budgétaires hérités et la difficulté qu’aura Dakar à les résorber sans appui extérieur.

Une dette intérieure devenue insoutenable pour les entreprises

Les 1 956 milliards de FCFA d’arriérés recensés recouvrent des créances détenues par des entreprises de toutes tailles ayant travaillé pour le compte de l’État ou de ses démembrements. Pour les PME sénégalaises, souvent dépendantes de la commande publique, l’attente prolongée du paiement se traduit par des tensions de trésorerie, des retards de salaires, voire des faillites en chaîne. Les grandes entreprises du BTP, de l’énergie et des services ne sont pas épargnées, plusieurs d’entre elles ayant vu leur exposition à la signature souveraine se dégrader.

Ce stock d’arriérés a également des effets systémiques sur le secteur bancaire. Nombre de ces créanciers se sont refinancés auprès des banques de la place en nantissant leurs factures publiques. Le non-paiement par l’État se propage donc au portefeuille des établissements financiers, alourdissant le taux de créances douteuses et réduisant les capacités de crédit à l’économie réelle. Al Aminou Lo souligne que ce mécanisme, laissé sans traitement, finirait par gripper l’ensemble du circuit du financement.

Le programme du FMI comme levier de crédibilité

Selon l’économiste, seule la signature d’un nouveau programme formel avec le FMI permettra de restaurer la confiance des bailleurs et d’obtenir les financements concessionnels nécessaires à l’apurement progressif de ces arriérés. Un accord avec Washington constitue, dans la pratique des marchés, un signal envoyé aux investisseurs, aux agences de notation et aux partenaires bilatéraux. Il ouvre par ricochet l’accès à des guichets complémentaires, qu’il s’agisse de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement ou d’appuis budgétaires européens.

La démarche implique toutefois des contreparties exigeantes. Réforme de la mobilisation des recettes fiscales, rationalisation des subventions énergétiques, transparence sur la dette publique, encadrement de la masse salariale : les leviers habituels d’un programme d’ajustement seront vraisemblablement au menu. Le gouvernement sénégalais devra arbitrer entre la rigueur budgétaire réclamée par le Fonds et la préservation d’une trajectoire de croissance déjà fragilisée par la révision à la baisse de plusieurs agrégats macroéconomiques.

Un test pour la gouvernance financière de Dakar

L’affaire des arriérés cristallise un enjeu plus large : celui de la sincérité budgétaire et de la qualité de la reddition des comptes. Depuis les révélations sur l’écart entre les chiffres publiés et la réalité de l’endettement, les autorités issues de l’alternance de mars 2024 se sont engagées à publier un audit exhaustif des finances publiques. Le chiffre de 1 956 milliards de FCFA d’impayés au secteur privé s’inscrit dans cette entreprise de clarification, dont dépend en grande partie la reprise du dialogue avec le FMI.

Pour les milieux d’affaires, l’urgence est double. Il s’agit non seulement d’obtenir un échéancier crédible de règlement, mais aussi de sécuriser le principe d’une gestion plus rigoureuse de la commande publique à l’avenir. Plusieurs organisations patronales plaident pour un mécanisme de titrisation partielle des créances ou pour l’émission d’obligations dédiées, adossées à un plan pluriannuel de paiement. Sans une telle ingénierie, le risque d’une contraction durable de l’investissement privé sur le marché intérieur demeure élevé.

Reste que l’équation budgétaire du Sénégal ne se résoudra pas par la seule signature d’un accord. La montée en puissance des recettes issues des hydrocarbures, la maîtrise du service de la dette extérieure et l’assainissement des entreprises publiques constitueront autant de conditions pour un retour effectif à l’équilibre. Selon Dakaractu, Al Aminou Lo estime que le pays n’a plus d’autre choix que de composer avec le Fonds pour éviter une spirale d’insolvabilité intérieure.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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