Pétrole : Goldman Sachs alerte sur un baril à 120 dollars

A large oil tanker navigates the Bosphorus Strait with Istanbul's skyline and Camlica Tower in the background.Photo : Burak Başgöze / Pexels

Le scénario d’un baril de pétrole propulsé vers 120 dollars n’a plus rien de théorique. Goldman Sachs a formalisé cette hypothèse dans une note qui secoue les salles de marché, à l’heure où les tensions entre l’Iran, Israël et les États-Unis ravivent la crainte d’un blocage du détroit d’Ormuz. Cette voie maritime, coincée entre les côtes iraniennes et la péninsule d’Oman, demeure l’un des points de passage les plus névralgiques du commerce énergétique mondial. Une perturbation prolongée y suffirait à déstabiliser durablement la structure des prix.

Un choc pétrolier suspendu au détroit d’Ormuz

Selon les analystes de la banque américaine, une fermeture ne serait-ce que partielle du corridor entraînerait une flambée immédiate des cours, avec un pic possible à trois chiffres dès les premières semaines. Environ vingt millions de barils y transitent chaque jour, en provenance d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Koweït, de l’Irak, du Qatar et de l’Iran lui-même. Aucune route alternative ne peut absorber un tel volume à court terme. Les pipelines de contournement, notamment celui traversant l’Arabie saoudite jusqu’à la mer Rouge, offrent une capacité de secours limitée, estimée à moins de sept millions de barils quotidiens.

La prime de risque géopolitique intégrée aux cotations a déjà commencé à gonfler. Après plusieurs mois de relative accalmie, le Brent est repassé au-dessus de seuils psychologiques que les opérateurs jugeaient improbables au printemps. Les frappes réciproques entre Téhéran et Tel-Aviv, doublées d’un engagement américain plus marqué, replacent la question énergétique au centre du dossier moyen-oriental. Goldman Sachs souligne que l’ampleur du choc dépendrait moins de la durée du blocage que de la perception, par les traders, de son caractère réversible.

Une équation redoutable pour les importateurs africains

Pour les économies africaines dépendantes des importations d’hydrocarbures raffinés, un baril à 120 dollars agirait comme un accélérateur inflationniste. Le Maroc, la Tunisie, le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Kenya, qui n’ont pas encore achevé la modernisation de leur outil de raffinage, verraient leurs factures énergétiques se creuser rapidement. Les subventions aux carburants, déjà sous pression budgétaire, deviendraient intenables sans arbitrages douloureux. Plusieurs gouvernements de la zone franc redoutent, en coulisses, un scénario proche de celui de 2022, lorsque l’invasion russe de l’Ukraine avait renchéri l’importation de gasoil et fragilisé les équilibres macroéconomiques.

À l’inverse, les producteurs du continent tireraient un bénéfice mécanique d’un tel emballement. L’Algérie, l’Angola, le Nigeria, la Libye, la République du Congo et le Gabon verraient leurs recettes d’exportation gonfler, tout comme les nouveaux entrants que sont le Sénégal et le Niger. Encore faudrait-il que les capacités de production suivent, ce qui n’est pas acquis compte tenu du sous-investissement chronique dans l’amont pétrolier ouest-africain. La Libye, en particulier, reste vulnérable aux interruptions politiques répétées de ses terminaux.

L’OPEP+ face à un dilemme stratégique

Une flambée à 120 dollars placerait l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés, réunis dans le format OPEP+, devant un choix inconfortable. Ryad et Moscou pourraient être tentés de relâcher plus rapidement les coupes volontaires en vigueur, afin de calmer les marchés et d’éviter une destruction de la demande. Mais un tel geste amputerait le levier d’influence collective de l’alliance, patiemment reconstruit depuis 2020. À l’inverse, une passivité serait perçue comme un signal de complaisance vis-à-vis de Téhéran, membre de l’organisation.

Reste que les marchés dérivés commencent déjà à intégrer une volatilité supérieure. Les primes sur les options d’achat à échéance courte se sont envolées, signe que les gestionnaires d’actifs se couvrent contre un choc soudain plutôt que contre une hausse graduelle. Les compagnies aériennes, les cimentiers et les transporteurs maritimes revoient leurs politiques de couverture. Concrètement, l’incertitude est devenue elle-même un facteur de coût. Selon El Watan, la mise en garde de Goldman Sachs vise autant à documenter un risque qu’à préparer les investisseurs à un basculement rapide du marché.

Pour aller plus loin

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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