Cameroun : la dette sur titres publics frôle 3,65 milliards USD

Stunning aerial view of Yaoundé cityscape with green landscapes and urban architecture.Photo : K / Pexels

La dette du Cameroun contractée par voie de titres publics s’élève à près de 3,65 milliards de dollars à la fin du mois de juillet 2026, selon les données rapportées sur le marché financier de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Cet encours confirme la place centrale prise par les émissions obligataires et les bons du Trésor dans la stratégie de financement de l’État camerounais, première économie de la sous-région. La trajectoire observée depuis plusieurs trimestres illustre un basculement progressif du financement extérieur classique vers le marché domestique et régional.

Un recours accru au marché des titres publics de la CEMAC

Yaoundé s’appuie de manière soutenue sur les instruments proposés par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), qu’il s’agisse des bons du Trésor assimilables (BTA) à court terme ou des obligations du Trésor assimilables (OTA) à maturité plus longue. Ce canal offre au Trésor camerounais une flexibilité appréciable pour lisser ses échéances et couvrir les tensions récurrentes de trésorerie liées à l’exécution budgétaire. L’ampleur atteinte par l’encours, converti à près de 3,65 milliards de dollars, traduit également l’appétit des investisseurs sous-régionaux, principalement les banques commerciales de la zone, pour la signature souveraine camerounaise.

Cette dynamique n’est pas propre au Cameroun. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de développement du marché des titres publics de la CEMAC, encouragé par la BEAC et par les partenaires multilatéraux. Reste que le poids relatif du pays dans ce marché reste prépondérant, compte tenu du volume de ses besoins de financement et de la profondeur de son système bancaire.

Une trajectoire de dette à surveiller

Le niveau atteint pose la question de la soutenabilité de court terme, dans la mesure où une part significative des titres émis est à maturité courte, générant un besoin régulier de refinancement. Chaque adjudication devient dès lors un test de confiance pour la signature de Yaoundé. Concrètement, un renchérissement des taux exigés par les souscripteurs se répercuterait mécaniquement sur le service de la dette intérieure, déjà en progression.

Les autorités camerounaises assument ce recours accru au marché comme une réponse pragmatique à un environnement extérieur devenu moins accommodant. Les émissions d’eurobonds restent onéreuses pour les émetteurs africains, tandis que les tirages sur ressources concessionnelles se sont resserrés. Dans le même temps, les recettes pétrolières, longtemps pivot de l’équilibre budgétaire, s’érodent sous l’effet du déclin naturel de la production nationale.

Le dialogue avec le FMI comme toile de fond

Le sujet de la dette intérieure s’invite dans les discussions engagées entre le gouvernement camerounais et le Fonds monétaire international. Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, plaide depuis plusieurs mois pour un nouveau programme d’appui, en soulignant la nécessité de préserver la stabilité macroéconomique tout en poursuivant l’investissement public. La question de la structure de la dette, entre composante extérieure et composante intérieure sur titres, figure parmi les paramètres suivis avec attention par les services du Fonds.

Pour les investisseurs régionaux, le marché camerounais demeure attractif en termes de rendement et de liquidité, comparé à d’autres signatures de la zone. Les banques commerciales y trouvent un emploi rémunérateur de leurs excédents de ressources, dans un contexte où l’octroi de crédit au secteur privé reste contraint par le profil de risque des entreprises. Cette configuration alimente un cercle où l’État absorbe une part croissante de l’épargne mobilisable localement, au risque d’un effet d’éviction sur le financement productif.

Un enjeu de gouvernance financière pour Yaoundé

La maîtrise du calendrier d’émissions et l’allongement progressif de la maturité moyenne constituent, à ce stade, les leviers prioritaires pour contenir le risque de refinancement. Les prochaines opérations sur le marché de la BEAC seront scrutées, tant par les analystes de la sous-région que par les partenaires techniques et financiers du Cameroun. L’évolution de l’encours sur les prochains mois donnera la mesure de la capacité des autorités à concilier besoins de financement immédiats et trajectoire d’endettement soutenable à moyen terme.

Selon Financial Afrik.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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