À Lusaka, la reconduction de Situmbeko Musokotwane au ministère zambien des Finances et de la Planification nationale confirme le cap budgétaire adopté depuis 2021. Annoncée le lundi 14 septembre 2026, quatre jours après la prestation de serment du chef de l’État, la composition du gouvernement place l’assainissement de la dette au sommet des priorités du second mandat de Hakainde Hichilema. Le président, réélu avec près de 60 % des suffrages face au candidat du Patriotic Front, entend capitaliser sur la crédibilité acquise auprès des créanciers internationaux.
Un pari de continuité budgétaire pour la Zambie
Le maintien de Musokotwane ne relève pas d’un simple arbitrage politique. Depuis son retour aux affaires, l’économiste de formation a piloté les négociations complexes avec le Club de Paris, la Chine et les détenteurs privés d’eurobonds, dans le cadre du Cadre commun du G20. La Zambie fut, en 2020, le premier pays africain à faire défaut sur sa dette souveraine en devises depuis la pandémie, ouvrant un précédent redouté sur le continent. Le processus de restructuration engagé sous l’ère Hichilema a permis d’obtenir un rééchelonnement portant sur plusieurs milliards de dollars de créances bilatérales.
Cette continuité au sommet du Trésor rassure les partenaires multilatéraux, à commencer par le Fonds monétaire international (FMI), avec lequel Lusaka a conclu en 2022 un programme au titre de la Facilité élargie de crédit. La mise en œuvre des engagements pris envers l’institution de Bretton Woods, notamment sur la maîtrise des subventions énergétiques et l’élargissement de l’assiette fiscale, dépend largement de la stabilité de l’équipe économique. En reconduisant son argentier, le chef de l’État envoie un signal aux marchés obligataires alors que Lusaka cherche à retrouver un accès normalisé aux financements extérieurs.
Le « chirurgien de la dette » face aux défis du second mandat
Surnommé le chirurgien de la dette par une partie de la presse économique régionale, Musokotwane n’en est pas à son premier passage rue des Finances. Il avait déjà occupé ce portefeuille sous la présidence de Rupiah Banda entre 2008 et 2011, dans une conjoncture bien différente marquée par les cours élevés du cuivre. La Zambie, deuxième producteur africain de ce métal stratégique derrière la République démocratique du Congo, tire l’essentiel de ses recettes d’exportation du secteur minier. La volatilité des cours et la dépendance à un unique minerai constituent une contrainte structurelle que la diversification économique peine encore à desserrer.
Au-delà du dossier de la dette, plusieurs chantiers attendent le ministre reconduit. La sécheresse historique qui a frappé l’Afrique australe en 2024 a lourdement affecté la production hydroélectrique zambienne, contraignant les autorités à multiplier les délestages et à importer de l’électricité à prix fort. Le rétablissement de l’équilibre énergétique constitue un préalable à toute reprise industrielle soutenue. Parallèlement, la mise en exploitation de nouveaux gisements de cuivre et de cobalt, dans un contexte de forte demande liée à la transition énergétique mondiale, doit générer les devises nécessaires au service de la dette restructurée.
Un signal envoyé aux investisseurs et aux créanciers
Le message adressé aux investisseurs étrangers dépasse le seul cadre zambien. Plusieurs capitales africaines, engagées elles-mêmes dans des négociations similaires avec leurs créanciers, observent avec attention le déroulement de la restructuration zambienne, considérée comme un cas d’école pour l’application du Cadre commun. Le Ghana, la Zambie et l’Éthiopie ont chacun sollicité ce mécanisme, avec des fortunes diverses. Un succès complet à Lusaka renforcerait la légitimité du dispositif, aujourd’hui critiqué pour sa lenteur.
Sur le plan intérieur, le gouvernement Hichilema devra composer avec une opinion publique de plus en plus exigeante sur les dividendes sociaux de la stabilité macroéconomique retrouvée. La discipline budgétaire prônée par Musokotwane, indispensable pour rassurer les créanciers, laisse peu de marges pour financer les infrastructures sanitaires, éducatives et de transport que réclament les électeurs. L’équilibre entre orthodoxie et attentes populaires façonnera la trajectoire politique du second mandat présidentiel. Selon Financial Afrik, la reconduction du ministre s’inscrit dans une équipe gouvernementale pensée pour clore définitivement le chapitre de la crise d’endettement ouvert au tournant de la décennie.
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