Mali : dix civils tués par des militaires et cachés dans des sacs

A row of soldiers in uniform standing with rifles outdoors on a sunny day.Photo : AHMED ABUBAKAR BATURE / Pexels

Au Mali, la découverte macabre d’au moins dix corps de civils, retrouvés enfermés dans des sacs après une opération militaire, ravive les inquiétudes autour des méthodes employées par les Forces armées maliennes (FAMa) dans leur lutte contre les groupes djihadistes. Selon des sources locales relayées par la presse ouest-africaine, les victimes auraient été exécutées par des militaires avant que leurs dépouilles ne soient dissimulées, portant un nouveau coup à la crédibilité de la transition dirigée par le général Assimi Goïta.

Un nouveau signalement d’exactions attribuées aux FAMa

Les faits, rapportés par des habitants et des relais associatifs, s’inscrivent dans une série de plus en plus documentée d’accusations visant l’armée malienne et ses supplétifs. La méthode décrite — corps de civils dissimulés dans des sacs après une intervention en zone rurale — évoque un mode opératoire déjà pointé du doigt par plusieurs organisations de défense des droits humains ces derniers mois. Les sources locales évoquent au moins dix victimes, un bilan qui pourrait être révisé à mesure que les témoignages remontent.

Bamako n’a, à ce stade, communiqué aucune version officielle des événements. Le pouvoir de transition rejette régulièrement les mises en cause qui visent ses troupes, invoquant tantôt la manipulation informationnelle, tantôt la nécessité opérationnelle face à des groupes armés jugés impitoyables. Reste que la répétition de ces signalements finit par éroder le discours institutionnel, y compris auprès de partenaires africains jusqu’ici prudents.

Une guerre asymétrique aux marges toujours plus floues

Depuis le retrait de la mission onusienne Minusma fin 2023 et le départ des forces françaises, les FAMa opèrent en première ligne contre les katibas affiliées à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et à l’État islamique au Sahel. Elles s’appuient sur un soutien russe, matérialisé par la présence d’instructeurs et de combattants issus de l’ancienne galaxie Wagner, désormais restructurée sous la bannière de l’Africa Corps. Cette configuration a modifié la nature du renseignement disponible, mais aussi la culture opérationnelle sur le terrain.

Les zones du centre du pays, notamment autour de Mopti et de Ségou, comme certaines localités du nord et de la frontière avec le Burkina Faso, concentrent la majeure partie des incidents rapportés. Dans ces territoires, la frontière entre combattants et populations civiles est ténue, les groupes armés se fondant dans le tissu villageois. Ce contexte, souvent invoqué pour expliquer les bavures, ne saurait toutefois justifier des exécutions sommaires au regard du droit international humanitaire, qui s’impose y compris aux opérations de contre-insurrection.

Un enjeu régional pour l’Alliance des États du Sahel

La question des exactions imputées aux forces régulières dépasse le seul cadre malien. Le Mali forme, avec le Burkina Faso et le Niger, l’Alliance des États du Sahel (AES), un bloc désormais retiré de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et engagé dans la construction d’une architecture sécuritaire commune. Chaque signalement de crimes attribués aux armées nationales fragilise la légitimité de cet ensemble, tant sur le plan intérieur que dans ses relations avec les bailleurs et les capitales voisines.

Pour les chancelleries européennes et onusiennes, ces informations alimentent un dossier déjà lourd. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et plusieurs ONG internationales, dont Human Rights Watch et Amnesty International, ont publié ces deux dernières années des rapports circonstanciés faisant état d’homicides ciblés dans des villages soupçonnés d’abriter des combattants. Bamako a systématiquement contesté ces travaux, allant jusqu’à expulser des responsables onusiens.

Sur le plan politique intérieur, la révélation intervient à un moment sensible. Le calendrier de retour à l’ordre constitutionnel demeure flou, et la contestation, bien que muselée, existe. Chaque affaire de ce type nourrit le débat sur la doctrine d’emploi de la force et sur la chaîne de commandement, dans un pays où l’armée occupe à la fois le sommet de l’État et le premier rang de la réponse sécuritaire. La capacité des autorités à ouvrir une enquête crédible sera scrutée de près, à Bamako comme dans les capitales partenaires.

Selon Dakaractu, le bilan provisoire fait état d’au moins dix civils tués et retrouvés dans des sacs, sur la foi de sources locales.

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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