Dash Energies lance sa première station-service à Douala

A vibrant gas station in Marrakesh, Morocco, lit up at night with red neon lights.Photo : XT7 Core / Pexels

L’entrée de Dash Energies sur le marché camerounais de la distribution de carburants s’est matérialisée le 12 septembre 2026 au lieu-dit Douche Akwa, à Douala. Filiale de Dashaco Holdings Africa, l’enseigne a repris et rénové un site précédemment exploité par MRS. Les capacités de stockage, détaillées par le directeur général adjoint Olivier Sabock, atteignent 50 000 litres répartis entre 30 000 litres de super, 15 000 litres de gasoil et 5 000 litres de pétrole lampant. Ni le coût des travaux, ni le mode d’occupation du terrain, ni le nombre d’emplois créés n’ont été communiqués.

La trajectoire annoncée par la direction est autrement plus spectaculaire. Quatre implantations complémentaires sont prévues avant la fin 2026, à Limbé, à Muyuka et à Kumba, où deux stations doivent ouvrir dans les quartiers de Kumba Town et Fiango. Passé ce premier jalon de cinq points de vente, Dash Energies se fixe un objectif de cent stations en septembre 2028. « Mettez le top chrono. En septembre 2028, Dash Énergies aura 100 stations-service », a déclaré la direction lors du lancement.

Un rythme d’ouverture inédit sur le marché camerounais

Atteindre cette cible supposerait quatre-vingt-dix-neuf ouvertures supplémentaires en deux ans, soit près d’une station chaque semaine. L’ordre de grandeur tranche avec la dynamique observée dans le secteur. Selon le ministère de l’Eau et de l’Énergie, l’ensemble des opérateurs présents au Cameroun met en service une trentaine de stations par an. Le programme de Bony Dashaco reviendrait donc, à lui seul, à plus que tripler la cadence nationale.

La comparaison mérite néanmoins d’être nuancée. Le premier site de Dash Energies procède d’une reprise, ce qui accélère mécaniquement le calendrier. L’entreprise n’a pas précisé la part de constructions neuves, de rachats, de baux ou de partenariats prévue dans son plan. Elle n’a pas davantage publié le budget total du programme, sa structure de financement, ni la ventilation géographique des cent implantations visées. Un point demeure en suspens : l’objectif porte-t-il exclusivement sur le Cameroun ou intègre-t-il d’autres pays de la région ?

La contrainte réglementaire pèsera aussi sur la carte finale. Dans un avis signé le 5 janvier 2026, le ministère de tutelle rappelle que tout titulaire d’un agrément D1, qui autorise la distribution de l’ensemble des produits pétroliers, doit implanter au moins 20 % de ses stations hors des chefs-lieux de département. Le même texte relève que 189 arrondissements, soit 52,5 % du total, restent dépourvus de station-service.

Une diversification à marche forcée pour Dashaco Holdings

Cette incursion dans l’aval pétrolier prolonge la stratégie de diversification du groupe. Initialement bâti autour des médias et de la communication, avec les entités Acmar, Outcom, Dash TV et Dash Radio, Dashaco Holdings Africa a étendu son périmètre à la microfinance via Credit Africa Invest, puis à l’immobilier, à l’hôtellerie et à la sécurité privée. Le conglomérat revendique une présence dans 22 pays sur son site institutionnel, sans publier ni la liste exhaustive de ses implantations ni ses états financiers consolidés.

Sur le segment des carburants, la nouvelle enseigne se mesurera à des acteurs installés de longue date : TotalEnergies, Tradex, Bocom, Neptune Oil, MRS Cameroun et Ola Energy. La bataille ne pourra toutefois se livrer sur les prix. À Douala, ceux-ci sont administrés à 840 FCFA le litre de super, 828 FCFA pour le gasoil et 350 FCFA pour le pétrole lampant.

Une rentabilité contrainte par la structure des prix

La structure publiée par la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) pour septembre 2026 confirme la sensibilité du modèle. Le coût d’importation du gasoil ressort à 860,10 FCFA le litre, avant même certains frais de stockage et de transport intérieur. La ligne de soutien de l’État atteint 315,47 FCFA par litre pour maintenir le prix réglementé. Pour un nouvel entrant, la rentabilité dépendra donc essentiellement des volumes écoulés, de la qualité des emplacements, de la maîtrise des charges et des recettes tirées des services annexes.

Ouvrir une station ne confère pas non plus l’accès à l’importation. L’arrêté du 28 septembre 2001 distingue l’agrément D1, dédié à la distribution, de l’agrément E1, requis pour importer. Dash Energies mentionne l’importation parmi ses activités, mais aucun document public consulté ne fait état d’un agrément E1 ni de quotas alloués. Le marché reste massif : d’après l’Institut national de la statistique, le Cameroun a importé 2,022 millions de tonnes de carburants et lubrifiants en 2025, pour 788,4 milliards de FCFA, soit 15,1 % de sa facture d’importations. Depuis, la tension a repris sur le Brent, remonté à 109 dollars le baril le 14 septembre 2026 après de nouvelles perturbations au Moyen-Orient. Selon Investir au Cameroun, ni le calendrier détaillé, ni le coût, ni les financements des 95 stations restant à ouvrir n’ont été rendus publics.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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