La Côte d’Ivoire reprend la main sur ses hydrocarbures offshore

Offshore oil platform in urban harbor, showcasing industrial scenery and oceanic platform structure.Photo : Paul Uchechukwu 🇳🇬 / Pexels

Abidjan durcit sa doctrine en matière d’hydrocarbures offshore. Alors que la Côte d’Ivoire s’impose progressivement comme l’une des nouvelles frontières pétrolières du golfe de Guinée, les autorités entendent réajuster l’équilibre entre partenaires internationaux et intérêts nationaux. Cette inflexion traduit une volonté claire de capter une part accrue de la rente extractive tout en consolidant l’ancrage industriel de la filière sur le sol ivoirien.

Le contexte est porteur. Depuis la découverte du gisement Baleine par Eni en 2021, puis celle de Calao annoncée en 2024, le bassin sédimentaire ivoirien a changé de dimension. Le pays est passé du statut de producteur marginal à celui de destination pétrolière crédible, avec des réserves désormais évaluées en milliards de barils équivalent pétrole. Cette montée en puissance justifie, aux yeux d’Abidjan, une révision des rapports de force avec les opérateurs étrangers.

Une doctrine de souveraineté sur les bassins sédimentaires

La reprise de contrôle stratégique passe d’abord par un renforcement du rôle de Petroci, la société nationale des opérations pétrolières. L’entreprise publique voit sa participation consolidée dans les nouveaux permis, avec une logique d’association plus contraignante pour les majors. L’objectif affiché consiste à sécuriser des positions minoritaires significatives dans chacun des blocs stratégiques, sans pour autant décourager l’investissement étranger dont le pays a besoin pour financer les phases coûteuses de développement.

Cette orientation s’inscrit dans un mouvement plus large observable sur le continent. Du Sénégal au Mozambique, plusieurs États producteurs cherchent à réviser les termes de leurs contrats de partage de production afin d’augmenter la part revenant au trésor public. La Côte d’Ivoire s’inspire de ces expériences tout en veillant à préserver la lisibilité juridique qui a fait sa réputation auprès des investisseurs. Le code pétrolier ivoirien, remanié à plusieurs reprises depuis 2012, sert de socle à cette approche pragmatique.

Petroci en fer de lance de la stratégie ivoirienne

Sur le plan opérationnel, Petroci accroît ses capacités techniques pour être en mesure d’assumer un rôle actif dans les opérations offshore, au-delà de la simple participation financière. Le renforcement des compétences locales dans les métiers du forage profond, de la production sous-marine et du raffinage constitue un axe majeur de la stratégie gouvernementale. La Société ivoirienne de raffinage (SIR), qui traite historiquement une part importante du brut national et régional, se voit confortée dans son rôle d’outil industriel structurant.

La question du gaz associé occupe une place croissante dans cette réflexion. Les découvertes récentes offrent au pays une opportunité de sécuriser son mix électrique, aujourd’hui largement dépendant des centrales thermiques. Le gaz issu de Baleine et des futurs développements pourrait alimenter le réseau national tout en dégageant des volumes exportables vers les marchés régionaux, notamment via des interconnexions avec le Ghana ou le Liberia.

Un pari économique et diplomatique

Reste que la reprise en main ivoirienne comporte des risques. Un tour de vis excessif sur les conditions contractuelles pourrait refroidir les investisseurs à un moment où la concurrence entre bassins producteurs s’intensifie, notamment face à la Namibie et à la Guyane. Les autorités ivoiriennes semblent conscientes de cet arbitrage délicat entre captation de la rente et attractivité. Les discussions en cours avec Eni, TotalEnergies et d’autres opérateurs présents dans le pays traduisent cette recherche d’équilibre.

Sur le plan diplomatique, la posture d’Abidjan renforce son poids dans les instances régionales de coopération énergétique. La Côte d’Ivoire aspire à jouer un rôle pivot au sein de l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO), aux côtés du Nigeria et de l’Angola. Cette ambition suppose de démontrer une capacité à gérer souverainement ses ressources tout en respectant les engagements internationaux du pays en matière climatique et environnementale.

À moyen terme, la trajectoire des hydrocarbures ivoiriens dépendra de la capacité du gouvernement à transformer les recettes extractives en investissements productifs. Le fonds souverain envisagé pour capter une partie des revenus pétroliers constitue à cet égard un instrument attendu. Selon Financial Afrik, cette reprise de contrôle stratégique marque une étape déterminante dans la maturation du secteur énergétique ivoirien.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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