L’Algérie lance un mégaprojet laitier au Sahara pour couper les importations

Two cows in a barn feeding area, showing agricultural livestock setting.Photo : U.Lucas Dubé-Cantin / Pexels

L’Algérie engage un mégaprojet laitier au Sahara pensé comme un levier décisif pour affranchir le pays de sa dépendance chronique aux importations de poudre de lait. Portée par les autorités comme une « révolution blanche », l’initiative combine élevage bovin intensif, cultures fourragères irriguées et unités industrielles de transformation, dans une géographie longtemps jugée hostile à la production laitière de masse. L’objectif affiché est de sécuriser un produit stratégique dont la subvention pèse lourdement sur les finances publiques.

Un mégaprojet laitier pour desserrer la contrainte des importations

La filière lait algérienne demeure l’un des postes les plus coûteux du commerce extérieur agroalimentaire. Chaque année, Alger consacre plusieurs centaines de millions de dollars à l’achat de poudre de lait sur les marchés internationaux, principalement européens et océaniens, pour alimenter les laiteries locales et maintenir un prix du sachet subventionné accessible aux ménages. Cette dépendance expose le budget de l’État aux soubresauts des cours mondiaux et à la volatilité du dinar.

Le mégaprojet saharien vise précisément à renverser cette équation. En transférant une part significative de la production dans le Sud, les pouvoirs publics parient sur la disponibilité du foncier, l’ensoleillement continu et surtout les ressources hydriques de la nappe albienne pour bâtir des exploitations à grande échelle. L’idée n’est pas nouvelle, mais elle prend cette fois une dimension industrielle assumée, adossée à des importations ciblées de génisses laitières hautes productrices et à des partenariats techniques étrangers.

Le pari agronomique du Sud algérien

Produire du lait au Sahara relève d’un défi agronomique lourd. Les températures estivales, la rareté des terres véritablement aptes et le coût énergétique de l’irrigation par pivots imposent un modèle capitalistique et technologiquement intensif. Les concepteurs du projet misent sur des étables climatisées, des rations fourragères produites sur place, notamment à base de maïs, de luzerne et d’orge, et sur une gestion resserrée de la ressource en eau fossile.

Cette orientation soulève des interrogations que les experts algériens ne manquent pas de formuler. La nappe albienne, partagée avec la Libye et la Tunisie, est une réserve non renouvelable à l’échelle humaine. Son exploitation pour alimenter des exploitations laitières géantes engage un arbitrage de long terme entre sécurité alimentaire immédiate et durabilité hydrique. La question du bilan carbone et énergétique de la filière, dans un pays qui cherche par ailleurs à diversifier son mix électrique, s’ajoute au débat.

Souveraineté alimentaire et recomposition de la filière

Au-delà de la seule dimension productive, le mégaprojet saharien s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté alimentaire portée par les autorités algériennes depuis plusieurs années. Céréales, oléagineux, sucre, viandes rouges : les grandes filières importatrices font l’objet de plans successifs visant à réduire l’exposition extérieure du pays. La filière lait, symbole social autant qu’économique, occupe une place à part dans ce dispositif.

La réussite du projet dépendra de sa capacité à structurer un amont agricole fiable, à sécuriser la chaîne du froid entre le Sud et les grands bassins de consommation du Nord, et à professionnaliser la collecte auprès des éleveurs traditionnels des Hauts-Plateaux, qui resteront un pilier de la production nationale. Les laiteries publiques, notamment celles adossées au groupe Giplait, seront appelées à absorber une part croissante de la production locale au détriment de la poudre importée.

Reste la question centrale de la gouvernance. Les précédents plans laitiers algériens, lancés depuis les années 1990, ont buté sur l’éclatement des acteurs, le poids des subventions et la faiblesse de l’intégration industrielle. Le mégaprojet saharien sera jugé sur sa capacité à sortir de ces impasses et à traduire l’ambition politique en litres effectivement collectés, transformés et commercialisés. Selon El Watan, cette initiative est présentée comme un tournant destiné à libérer durablement l’Algérie de sa dépendance aux importations laitières.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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