L’Algérie n’apparaît plus sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), l’institution intergouvernementale qui pilote la régulation mondiale contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. La décision, annoncée à l’issue de la dernière plénière de l’organisme, sanctionne un cycle de réformes financières et juridiques mené ces dernières années par les autorités algériennes. Pour Alger, ce retrait constitue bien plus qu’un succès technique : il referme un dossier diplomatique sensible, ouvert depuis l’inscription du pays sur cette liste de surveillance renforcée.
Un classement aux conséquences économiques tangibles
La liste grise du GAFI regroupe les juridictions soumises à une vigilance accrue en raison de défaillances identifiées dans leurs dispositifs anti-blanchiment. L’inscription ne déclenche pas de sanctions automatiques, contrairement à la liste noire, mais elle pèse lourdement sur la réputation financière d’un État. Les banques internationales appliquent alors des procédures de conformité plus strictes à l’égard des flux entrants et sortants, ce qui se traduit par des délais allongés, des coûts de transaction plus élevés et, parfois, par la rupture de relations de correspondance bancaire.
Pour une économie comme celle de l’Algérie, fortement adossée aux exportations d’hydrocarbures et engagée dans une stratégie de diversification, ces frictions n’étaient pas neutres. Les opérateurs privés, en particulier les entreprises exportatrices et les filiales de groupes étrangers, subissaient un surcoût de conformité difficile à mesurer mais bien réel. Le retrait de la liste grise allège mécaniquement cette pression et envoie un signal positif aux bailleurs multilatéraux comme aux investisseurs directs.
Les réformes qui ont convaincu le GAFI
Pour obtenir sa radiation, l’Algérie a dû démontrer la mise en œuvre effective d’un plan d’action négocié avec les experts du GAFI. Cela implique généralement le renforcement du cadre légal de lutte contre le blanchiment, la montée en puissance de la cellule de renseignement financier, l’amélioration de la coopération judiciaire internationale et la traçabilité des bénéficiaires effectifs des sociétés. La supervision du secteur bancaire et celle des professions non financières exposées, comme les notaires ou les agents immobiliers, ont également été passées au crible.
L’institution évalue moins l’existence de textes que leur application concrète. Statistiques de poursuites, gels d’avoirs, sanctions effectives, formation des magistrats et des superviseurs : la grille de lecture est exigeante. Le fait que l’Algérie ait franchi l’ensemble de ces étapes traduit un investissement institutionnel soutenu, mené en lien avec les groupes régionaux affiliés au GAFI dans la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord.
Un signal pour les partenaires financiers et diplomatiques
Le calendrier de cette sortie revêt une portée stratégique. Alger cherche à attirer davantage de capitaux étrangers hors hydrocarbures, en particulier dans les secteurs industriel, minier et numérique. Plusieurs textes adoptés récemment, dont une loi sur l’investissement révisée, visent à fluidifier l’accueil des opérateurs internationaux. La crédibilité retrouvée auprès du GAFI s’ajoute à cet arsenal et facilite le dialogue avec les institutions financières internationales, à commencer par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.
Le timing intervient également alors que le pays multiplie les ouvertures diplomatiques en direction de l’Afrique subsaharienne, de l’Europe du Sud et des partenaires du Golfe. La conformité aux standards du GAFI constitue, pour la plupart de ces interlocuteurs, un préalable implicite à toute coopération bancaire et à tout co-investissement de grande ampleur. La sortie de la liste grise lève un obstacle qui aurait pu freiner certaines opérations transfrontalières, notamment dans le financement de projets d’infrastructure.
Reste que le retrait n’a rien d’irréversible. Le GAFI continue de suivre les juridictions ayant quitté sa liste à travers ses mécanismes ordinaires d’évaluation mutuelle. Tout relâchement dans l’application des règles, tout recul législatif ou toute défaillance opérationnelle pourrait conduire à un réexamen. Pour les autorités algériennes, l’enjeu est désormais d’inscrire cette discipline dans la durée et d’en faire un argument structurel de la stratégie d’attractivité du pays. Selon El Watan, la radiation est désormais définitive.
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