Cameroun : la transformation du cacao chute de 13 % en 2025-2026

Cocoa beans drying outdoors in Ife, Nigeria, emphasizing natural food processing.Photo : Bamidele Sodiq / Pexels

La transformation du cacao au Cameroun a fléchi lors de la campagne 2025-2026, clôturée le 15 juillet 2026. Les unités industrielles et artisanales ont broyé 95 946 tonnes de fèves, contre 110 388 tonnes un an plus tôt, selon le bilan publié par l’Office national du cacao et du café (ONCC). Le recul s’établit à 14 442 tonnes, soit précisément 13,08 %. Le pays repasse ainsi sous le seuil symbolique des 100 000 tonnes franchi pour la première fois lors de l’exercice précédent.

Ce reflux s’inscrit dans une campagne globalement contractée. La production commercialisée est tombée de 309 518 à 247 914 tonnes, en baisse de 20 %. Les exportations de fèves ont plongé de 34,7 %, à 125 469 tonnes, tandis que les stocks de fin de campagne ont presque triplé, passant de 13 947 à 40 447 tonnes. Ce gonflement des invendus traduit un décalage inhabituel entre l’offre disponible et les débouchés effectifs, qu’ils soient industriels ou commerciaux.

Une part relative de transformation en hausse, malgré la baisse absolue

Rapportés à la production commercialisée, les volumes transformés représentent 38,7 % en 2025-2026, contre 35,7 % la saison précédente. Cette progression apparente relève d’un effet arithmétique : la production a chuté plus vite que le broyage. L’ONCC n’avance aucune explication spécifique au recul de la transformation, laissant ouverte la question d’un éventuel arbitrage des opérateurs entre approvisionnement local, tension sur les prix mondiaux et disponibilité de la matière première.

La capacité industrielle installée est évaluée à 140 000 tonnes par l’Office, sans toutefois qu’un taux d’utilisation soit publié. Le volume global agrège en effet les livraisons aux grands broyeurs et une transformation artisanale plus diffuse. Trois acteurs concentrent l’essentiel des flux industriels : SIC Cacaos, filiale du suisse Barry Callebaut, absorbe 41,8 % des fèves livrées, Neo Industry 29,3 % et Atlantic Cocoa 20,1 %. Ce trio pèse à lui seul 91,2 % du volume industriel, une concentration qui rend la filière sensible aux aléas propres à chacun de ces sites.

Un positionnement mondial en question après une percée récente

Le repli des broyages survient peu après l’entrée du Cameroun dans le cercle des grands exportateurs de dérivés. Le Comité de compétitivité du ministère de l’Économie place le pays au 7e rang mondial pour les exportations de pâte de cacao et au 9e rang pour le beurre, sur la base de l’année civile 2024. Ces classements, antérieurs à la contraction constatée, ne préjugent pas de la position que conservera Yaoundé une fois les données 2025 consolidées. La baisse de 13 % sur la transformation pourrait mécaniquement peser sur les volumes exportés de dérivés, principal levier de montée en valeur de la filière.

Des capacités additionnelles attendues, mais encore inabouties

La trajectoire de la décennie écoulée repose sur des investissements étalés. SIC Cacaos a injecté 4,8 milliards de FCFA en 2015 pour porter sa capacité annuelle d’environ 32 000 à 50 000 tonnes. Neo Industry a inauguré en avril 2019 son usine de Fondjomoko, dans l’arrondissement de Kékem, pour une capacité annoncée de 32 000 tonnes, avec un projet d’extension à moyen terme non encore matérialisé.

À Kribi, Atlantic Cocoa exploite une unité de 48 000 tonnes de capacité initiale. Le 27 juin 2025, l’entreprise a lancé un chantier d’extension devant porter ce niveau à 64 000 tonnes par an, sans qu’il soit possible de confirmer que ce complément était opérationnel pendant la campagne étudiée. Africa Processing a de son côté inauguré le 28 novembre 2025 une deuxième unité à Ngolambélé, dans la région de l’Est, dont la capacité industrielle réelle n’a pas été communiquée. Le groupe revendique une production annuelle de 8 000 tonnes de dérivés sur son site historique de Mbankomo.

À Baré-Bakem, l’usine de Samen Industry, d’une capacité projetée de 32 000 tonnes, n’en est qu’aux fondations : sa première pierre a été posée le 27 février 2026. Ces projets convergent vers un renforcement de l’appareil de broyage, mais aucun n’était en mesure de compenser le recul enregistré sur la campagne 2025-2026. La reprise de la trajectoire industrielle dépendra autant de la disponibilité de la fève que de l’entrée effective en service de ces nouvelles capacités. Selon Investir au Cameroun, le bilan publié par l’ONCC ne détaille pas les causes du recul.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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