Le Premier ministre ivoirien Robert Beugré Mambé a exhorté les professionnels du bâtiment et des travaux publics (BTP) à préserver leur maîtrise face à la montée de l’intelligence artificielle (IA), à l’occasion du Salon international de l’architecture (SIA) 2026 organisé à Abidjan. Devant un parterre d’architectes, d’ingénieurs et de promoteurs immobiliers, le chef du gouvernement a plaidé pour une appropriation raisonnée des outils algorithmiques, sans dépendance ni renoncement au savoir-faire humain.
Un appel à la souveraineté technologique du secteur ivoirien
La déclaration s’inscrit dans une séquence stratégique où la Côte d’Ivoire cherche à positionner son écosystème du BTP comme un pilier de la transformation urbaine du golfe de Guinée. Robert Beugré Mambé a insisté sur la nécessité, pour les acteurs de la filière, de rester les décideurs face aux logiciels de conception assistée, aux jumeaux numériques et aux modèles génératifs qui redessinent aujourd’hui les métiers de l’architecture. Le message est clair : l’IA doit demeurer un instrument au service du projet, non un pilote automatique dépossédant les concepteurs.
Ce positionnement n’est pas anodin. Le marché ivoirien du BTP figure parmi les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest, porté par les chantiers d’infrastructures publiques, l’expansion du Grand Abidjan et la préparation d’événements internationaux à venir. Les cabinets étrangers, souvent mieux dotés en outils numériques, exercent une pression concurrentielle croissante sur les bureaux d’études locaux. Garder la main sur les technologies revient donc, en filigrane, à défendre la valeur ajoutée nationale.
SIA 2026 : vitrine de l’architecture ouest-africaine
Le Salon international de l’architecture rassemble à Abidjan des professionnels venus de plusieurs pays africains, d’Europe et du Moyen-Orient. L’édition 2026 fait de l’intelligence artificielle un fil rouge, avec des ateliers consacrés à la modélisation paramétrique, à la conception bioclimatique assistée par algorithmes et à l’usage du BIM (Building Information Modeling) dans la gestion de projets complexes. Ces sujets techniques rejoignent une préoccupation politique : comment industrialiser la production architecturale sans standardiser les identités urbaines africaines.
Robert Beugré Mambé a rappelé que le pays entend faire de l’innovation un levier de compétitivité, tout en veillant à ce que les données produites sur les chantiers ivoiriens ne soient pas captées à leur seul bénéfice par des plateformes extérieures. La question de la souveraineté numérique, désormais familière dans les télécoms et la finance, s’invite ainsi dans un secteur réputé plus traditionnel. Elle rejoint les débats en cours au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sur la localisation des infrastructures de données.
Former, encadrer, valoriser les compétences locales
Au-delà de l’exhortation politique, la mise en œuvre suppose un effort structurel. Le chef du gouvernement a évoqué la nécessité de renforcer la formation des ingénieurs et architectes ivoiriens aux nouveaux outils, tout en préservant les fondamentaux du métier. Plusieurs écoles d’architecture de la sous-région ont amorcé une révision de leurs cursus pour intégrer la programmation, la data et l’usage éthique de l’IA générative dans la production de plans et de rendus.
Les acteurs du BTP réunis au SIA 2026 ont, de leur côté, insisté sur l’enjeu de la responsabilité professionnelle. Un plan généré par un algorithme reste juridiquement engageant pour l’architecte qui le signe : la maîtrise technique conditionne donc la maîtrise du risque. Concrètement, cela suppose des protocoles de vérification, une traçabilité des données d’entrée et une supervision humaine à chaque étape critique du processus de conception.
Reste que l’adoption de l’IA dans le BTP ivoirien avance à un rythme inégal. Les grands cabinets d’Abidjan investissent, tandis que les structures de taille intermédiaire peinent à financer les licences et les compétences requises. Cette fracture interne pourrait, à terme, redessiner la carte des acteurs capables de répondre aux appels d’offres publics d’envergure. L’appel de Robert Beugré Mambé vise précisément à éviter que la révolution algorithmique ne se traduise par une concentration excessive du marché.
Selon Abidjan.net, le Premier ministre a conclu son intervention en encourageant les professionnels à faire du SIA 2026 un rendez-vous récurrent de dialogue entre pouvoirs publics, universitaires et opérateurs privés autour des mutations technologiques du secteur.
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