Banyo : un projet solaire de 44 MW à l’étude dans l’Adamaoua

Solar power station with transmission towers in Morocco's desert. Renewable energy infrastructure.Photo : pierre matile / Pexels

Le projet de centrale solaire de 44 MW annoncé à Banyo, dans l’Adamaoua, redessine le paysage énergétique d’une commune camerounaise jusqu’ici tributaire d’un réseau isolé. L’initiative, présentée à l’Agence de régulation du secteur de l’électricité (Arsel) le 8 septembre 2026 à Yaoundé, est portée par la Foundation for Development of Ecology & Humankind (Fondecoh), la mairie de Banyo et la société Supernova Energy. Le dispositif envisagé combine un champ photovoltaïque et une capacité de stockage dont le régulateur ne détaille encore ni la puissance ni le volume utile. L’électricité produite doit desservir Banyo et les localités environnantes.

Un gabarit sans commune mesure avec le programme officiel d’hybridation

Par sa taille, le projet contraste fortement avec la trajectoire fixée par le Compact énergétique du Cameroun, élaboré dans le cadre de la Mission 300. Ce document programmatique prévoit 7,2 MWc de photovoltaïque répartis sur six sites isolés : Banyo, Ngaoundal, Yoko, Touboro, Moloundou et Yokadouma. Rapportés à ce total, les 44 MW envisagés à Banyo représentent, en ordre de grandeur, plus de six fois la capacité programmée pour l’ensemble des six localités, même si la comparaison entre mégawatts et mégawatts-crête reste imparfaite.

Le programme d’hybridation des centrales thermiques isolées avait été engagé sous Eneo, devenue Socadel. En novembre 2023, l’électricien avait lancé un appel d’offres international couvrant la conception, le financement et la construction de six centrales solaires, ainsi que la vente à Eneo de l’énergie produite. Banyo figurait alors dans un lot commun avec Touboro et Ngaoundal. Le Compact énergétique tablait sur une attribution des marchés et un démarrage des travaux au plus tard fin 2025, pour une mise en service en 2026.

Un projet encore dépourvu de licence, d’acheteur et de bouclage financier

Malgré l’ambition affichée, le projet de 44 MW demeure à un stade préliminaire. L’Arsel ne signale à ce jour ni licence de production délivrée, ni contrat d’achat d’électricité conclu, ni financement finalisé. Le montant de l’investissement, le calendrier de construction, le point de raccordement, la tension d’évacuation, la production annuelle escomptée et le dimensionnement précis du stockage restent absents des informations rendues publiques par le régulateur.

Ces zones d’ombre pèsent d’autant plus que Banyo fonctionne historiquement en système isolé. Sous Eneo, la puissance thermique installée dans la localité était évaluée à 1 968 kW. Cette donnée, à elle seule, ne suffit pas à déterminer si l’infrastructure existante pourrait absorber une injection de 44 MW. Une telle évaluation supposerait un travail plus fin sur le schéma d’évacuation retenu, sur d’éventuelles extensions de réseau, sur les capacités de stockage réellement dimensionnées et sur la trajectoire de la demande locale. Concrètement, un écart d’un ordre de grandeur sépare la puissance thermique actuelle de la capacité solaire annoncée.

Un troisième projet hybride vient brouiller la lecture

La Fondecoh et Supernova Energy ne sont pas les seuls acteurs à revendiquer un projet renouvelable à Banyo. Renewable Power Cameroon dit y développer un système hybride de 3,5 MW combinant 1,5 MW de petite hydroélectricité aux chutes de Tapadje Yayya, 2 MW de solaire photovoltaïque, 3,9 MWh de batteries et 35 km de lignes principales en 30 kV. Le développeur affirme travailler avec la mairie et bénéficier de l’aval de l’Agence d’électrification rurale (AER), sans qu’aucun document public émanant de l’agence ne soit venu, à ce stade, confirmer cette caution.

Reste que l’articulation entre les trois initiatives — la centrale de 44 MW, le programme d’hybridation désormais porté par Socadel et le dispositif hybride de 3,5 MW — n’est pas établie par les informations publiques disponibles. L’identité juridique exacte de Supernova Energy, tout comme les références techniques et financières des promoteurs pour une installation de cette envergure, demeurent également à documenter. Dans une région où l’accès à l’électricité conditionne l’activité économique, la clarification de la gouvernance de ces projets constituera un test pour l’Arsel et pour la stratégie camerounaise d’installation de 1 500 MW d’énergies renouvelables d’ici 2035. Selon Investir au Cameroun.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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