La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a déversé environ 5,6 milliards de dollars de liquidités dans le circuit bancaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) en l’espace d’un seul mois. L’ampleur de ces injections, opérées via les guichets de refinancement de l’institut d’émission basé à Yaoundé, illustre la dépendance croissante des établissements de crédit sous-régionaux au soutien de la banque centrale. Elle témoigne aussi d’un environnement monétaire encore marqué par des tensions structurelles sur la disponibilité des ressources longues.
Un refinancement massif pour irriguer six économies
Les fonds distribués par la BEAC alimentent les banques commerciales du Cameroun, du Gabon, du Congo, du Tchad, de la Guinée équatoriale et de la République centrafricaine. Ces établissements y recourent pour financer leurs opérations quotidiennes, absorber les besoins de trésorerie des entreprises et souscrire aux émissions souveraines de plus en plus fréquentes sur le marché des titres publics. L’ampleur de la somme, convertie en francs CFA, dépasse plusieurs milliers de milliards, soit une part significative des concours annuels traditionnellement observés dans la zone.
Ce volume interroge sur la profondeur du marché interbancaire régional. En théorie, les banques disposant d’excédents devraient prêter à celles qui manquent de ressources, réduisant d’autant le recours au guichet de la banque centrale. Dans les faits, la fragmentation persistante du marché et la prudence des trésoriers face au risque de contrepartie poussent les établissements à préférer le refinancement auprès de la BEAC. Le phénomène n’est pas nouveau, mais son intensité récente attire l’attention des observateurs.
Une politique monétaire sous contrainte
La stratégie de la BEAC s’inscrit dans un équilibre délicat. D’un côté, l’institut d’émission doit préserver le régime de change fixe qui arrime le franc CFA d’Afrique centrale à l’euro et maintenir un niveau confortable de réserves extérieures. De l’autre, il ne peut ignorer les besoins de financement croissants des États membres, souvent contraints par le service de leur dette et par des recettes pétrolières volatiles. Le taux d’intérêt des appels d’offres, relevé progressivement ces dernières années, constitue le principal outil pour orienter les conditions de crédit.
Le gouverneur Yvon Sana Bangui, en poste depuis mars 2024, doit composer avec une inflation qui reste supérieure au seuil communautaire de 3 %, tout en évitant d’étouffer une reprise économique encore fragile. Les injections récentes doivent donc se lire à la lumière de ce double objectif. Elles répondent à un besoin ponctuel de liquidités sans remettre en cause l’orientation restrictive globale de la politique monétaire. La BEAC continue par ailleurs de mener des opérations de reprise de liquidités lorsque les conditions du marché l’exigent, dans une logique de pilotage fin.
Les banques commerciales, courroie de transmission
Les principaux bénéficiaires de ces refinancements sont les filiales des groupes panafricains et français implantés dans la zone, ainsi que quelques établissements nationaux de premier plan. Ces banques utilisent une partie des ressources obtenues pour souscrire aux bons et obligations du Trésor émis par les États membres sur le marché des titres publics animé par la Cellule de règlement et de conservation des titres. Ce mécanisme crée une forme de circularité : la BEAC prête aux banques, qui financent à leur tour les États, lesquels dépendent structurellement de ces ressources internes pour boucler leurs budgets.
Cette configuration soulève des interrogations sur la soutenabilité du modèle à moyen terme. Le Fonds monétaire international, engagé dans des programmes avec plusieurs pays de la CEMAC, appelle régulièrement à un assainissement budgétaire et à un approfondissement des marchés financiers régionaux. La diversification des sources de financement, notamment via le marché boursier de la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale, reste un chantier ouvert. En attendant, la BEAC demeure le pivot incontournable de l’architecture financière sous-régionale, garante de la stabilité monétaire mais exposée aux fragilités budgétaires de ses actionnaires souverains.
Selon Financial Afrik, l’ampleur des interventions récentes confirme la centralité de l’institut d’émission dans le financement de l’économie régionale.
Pour aller plus loin
UEMOA : croissance de 6,5 % et banques renforcées en 2025 · Bank of Kigali rejoint le système chinois de paiement en yuans · Cameroun : la filière banane-plantain vise 150 milliards via la BVMAC

Be the first to comment on "La BEAC injecte 5,6 milliards de dollars dans les banques de la CEMAC"