UEMOA : croissance de 6,5 % et banques renforcées en 2025

Contemporary structure of a university campus building in Ife, Nigeria showcasing modern architectural design.Photo : Ebenezer Idowu / Pexels

L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) devrait clôturer l’exercice 2025 sur une croissance de 6,5 %, un rythme qui place la zone parmi les espaces économiques les plus dynamiques du continent. Cette performance, portée par les huit États membres, s’accompagne d’une consolidation notable du secteur bancaire régional, dont les indicateurs prudentiels se raffermissent. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) met en avant une trajectoire cohérente entre expansion de l’activité et maîtrise des équilibres financiers.

Une croissance UEMOA tirée par l’investissement et les matières premières

Le chiffre de 6,5 % traduit une accélération par rapport aux exercices précédents, alimentée par la vigueur de l’investissement public, la montée en puissance des projets d’infrastructures et la contribution renforcée du secteur extractif. La mise en production progressive de nouveaux champs d’hydrocarbures au Sénégal, couplée à la remontée des cours de plusieurs matières premières exportées par la région, a nourri les recettes en devises. Le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Sénégal continuent de tirer la moyenne régionale vers le haut, avec des rythmes supérieurs à celui de l’ensemble.

Cette dynamique s’inscrit dans un environnement où la demande intérieure reste soutenue. La consommation des ménages, portée par une inflation revenue dans la cible communautaire, retrouve un ancrage plus solide. Les autorités monétaires soulignent que la désinflation observée depuis le second semestre 2024 s’est confirmée, offrant à la BCEAO davantage de latitude pour orienter sa politique de refinancement en fonction des besoins de liquidité du système bancaire.

Un système bancaire régional plus résilient

Le second signal fort concerne l’architecture bancaire de la zone. Les ratios prudentiels affichent une amélioration mesurable, avec un renforcement des fonds propres et une gestion plus rigoureuse des risques de crédit. Les créances en souffrance, longtemps considérées comme un point de fragilité, reculent en proportion des encours, signe d’un assainissement progressif des portefeuilles. Cette évolution résulte à la fois du durcissement de la supervision confiée à la Commission bancaire de l’UMOA et de l’effort de recapitalisation mené par plusieurs groupes régionaux.

Concrètement, les banques opérant dans l’espace communautaire disposent désormais de coussins de capital plus conformes aux standards de Bâle transposés dans le corpus réglementaire régional. La liquidité, mesurée à travers les ratios de couverture court terme, se maintient à des niveaux jugés confortables. Reste que la concentration des expositions sur les dettes souveraines nationales, particulièrement élevée dans certains établissements, demeure un point de vigilance pour les régulateurs, qui appellent à une diversification progressive.

Financement de l’économie et défis persistants

La solidité du secteur bancaire conditionne directement la capacité de la zone UEMOA à financer sa transformation structurelle. Les besoins en infrastructures énergétiques, en logistique portuaire, en connectivité numérique et en agriculture de transformation exigent des mobilisations de ressources longues, encore rares sur les places financières régionales. La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) a certes accru son activité en 2025, mais la profondeur du marché obligataire corporate reste limitée, contraignant les émetteurs à se tourner vers les guichets bancaires ou les levées souveraines.

Par ailleurs, la pression sur les finances publiques constitue un facteur à surveiller. Plusieurs États de la zone poursuivent leur assainissement budgétaire dans le cadre de programmes soutenus par le Fonds monétaire international, avec pour objectif de revenir vers le critère communautaire de déficit inférieur à 3 % du produit intérieur brut. La discipline budgétaire régionale, un temps mise à mal par les chocs successifs de la pandémie, du renchérissement des prix alimentaires et des tensions sécuritaires au Sahel, se reconstruit graduellement.

Le contexte géopolitique demeure toutefois un déterminant clé. La sortie annoncée du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest a rouvert des interrogations sur la cohésion à moyen terme de l’espace monétaire ouest-africain, même si l’appartenance à l’UEMOA n’a pas été formellement remise en cause. La solidité affichée en 2025 offre néanmoins une base tangible pour aborder ces incertitudes avec davantage de marge de manœuvre. Selon PressAfrik, ces résultats confirment la trajectoire d’une union monétaire cherchant à conjuguer croissance forte et stabilité financière.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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