Royal Air Maroc (RAM) traverse une zone de turbulences. Le transporteur national marocain a fait savoir samedi 23 mai qu’il interrompait, à titre temporaire, douze de ses lignes régulières, dont plusieurs dessertes stratégiques en Afrique centrale. La compagnie invoque la flambée du prix du kérosène, conséquence directe des tensions militaires au Moyen-Orient, qui pèsent depuis plusieurs semaines sur les marchés pétroliers et sur les marges des opérateurs aériens.
Un choc pétrolier qui fragilise le pavillon marocain
Le carburant représente, selon les standards du secteur, entre 25 et 35 % des coûts d’exploitation d’une compagnie aérienne long-courrier. Toute variation prolongée du baril se traduit donc mécaniquement par une érosion des marges. Pour RAM, la situation est d’autant plus délicate que le pavillon marocain s’est engagé dans un plan de modernisation et d’expansion ambitieux, censé porter sa flotte à plus de 200 appareils à l’horizon 2037, dans la perspective notamment de la Coupe du monde 2030 organisée conjointement avec l’Espagne et le Portugal.
La hausse des cours du kérosène, alimentée par l’incertitude géopolitique régionale, contraint la direction à ajuster son réseau pour préserver la rentabilité de l’exercice en cours. Les douze liaisons concernées visent à la fois des destinations européennes et plusieurs capitales d’Afrique centrale, segment où la compagnie chérifienne s’était positionnée comme une alternative crédible aux hubs européens pour les passagers en correspondance.
L’Afrique centrale, victime collatérale d’un arbitrage économique
Le retrait, même temporaire, de RAM sur certaines routes centre-africaines n’est pas anodin. Casablanca s’était imposé ces dernières années comme une plateforme de correspondance majeure entre l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Afrique subsaharienne, en concurrence directe avec Paris, Bruxelles ou Istanbul. La compagnie marocaine, membre de l’alliance Oneworld, dessert habituellement Libreville, Brazzaville, Douala, Bangui ou encore Pointe-Noire, autant de marchés où l’offre alternative reste limitée.
Pour les hommes d’affaires, diplomates et opérateurs économiques de la sous-région, la suspension impose des reroutages coûteux via Addis-Abeba, Lomé ou les hubs du Golfe. Elle intervient alors que la connectivité aérienne intra-africaine demeure l’un des principaux freins à l’intégration commerciale du continent, malgré les engagements pris dans le cadre du Marché unique du transport aérien africain (MUTAA) porté par l’Union africaine.
Un signal pour l’écosystème aérien continental
La décision de Royal Air Maroc agit comme un révélateur de la vulnérabilité structurelle des compagnies africaines face aux chocs exogènes. Contrairement à plusieurs majors européennes ou du Golfe, qui disposent d’outils de couverture sophistiqués sur le carburant, les transporteurs du continent restent largement exposés à la volatilité des cours. Ethiopian Airlines, Kenya Airways ou South African Airways ont déjà, par le passé, dû procéder à des ajustements similaires lors de précédents pics pétroliers.
Reste que la temporalité interroge. La RAM négocie depuis plusieurs mois des partenariats industriels, notamment avec Boeing et Airbus, pour le renouvellement de sa flotte. Elle ambitionne par ailleurs de tripler son trafic passagers d’ici la fin de la décennie. Une interruption prolongée sur ses axes africains pourrait fragiliser sa position concurrentielle, à un moment où Turkish Airlines et les compagnies du Golfe consolident leur emprise sur les flux entre l’Afrique et le reste du monde.
Le calendrier de reprise des dessertes n’a pas été précisé par la direction du groupe, qui indique surveiller l’évolution du marché du carburant pour reprogrammer les vols dès que les conditions économiques le permettront. Les voyageurs détenteurs de billets sur les lignes affectées seront, selon le transporteur, reprotégés ou remboursés conformément aux dispositions réglementaires en vigueur. Selon RFI Afrique.
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