La BEAC a prévenu que les subventions aux carburants pèseront plus lourd en 2026 sur les finances publiques des six pays de la CEMAC. L’avertissement, formulé à la mi-octobre 2026 par la banque centrale sous-régionale, concerne le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad. Il intervient dans une séquence où le prix du Brent, pivot des recettes publiques comme des dépenses de soutien, oscille sans trajectoire claire depuis plus de douze mois.
Un soutien aux prix devenu structurel en zone CEMAC
Le mécanisme est connu de longue date. Les États de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale fixent administrativement les prix de l’essence, du gasoil et du pétrole lampant, et compensent aux distributeurs l’écart avec les cours internationaux. Lorsque le baril s’apprécie ou que le franc CFA se déprécie face au dollar, la facture pour le Trésor s’alourdit mécaniquement, sans qu’aucune recette supplémentaire ne vienne la gager.
Le Cameroun illustre le poids pris par ce poste. Yaoundé a engagé depuis 2024 une revalorisation progressive des prix à la pompe, précisément pour contenir une enveloppe de compensation qui avait dépassé 1 % du produit intérieur brut lors du choc énergétique de 2022. Au Gabon et au Congo, pays producteurs, le soutien aux carburants coexiste avec une forte dépendance aux recettes pétrolières, ce qui rend les équilibres budgétaires doublement sensibles aux mouvements du Brent. Le Tchad et la République centrafricaine, quant à eux, subissent le renchérissement des coûts logistiques sur des chaînes d’approvisionnement longues et vulnérables.
Un dilemme budgétaire que le FMI pousse à trancher
L’alerte de la banque centrale s’inscrit dans un dialogue plus large avec les bailleurs multilatéraux. Le Fonds monétaire international, dans ses revues successives des programmes conclus avec le Cameroun, le Gabon et le Tchad, recommande depuis plusieurs années de rationaliser les subventions dites généralisées, jugées régressives parce qu’elles bénéficient davantage aux ménages motorisés qu’aux populations les plus modestes. L’institution de Bretton Woods plaide pour un redéploiement vers des transferts ciblés, à l’image des dispositifs testés en Côte d’Ivoire ou au Sénégal.
La question n’est pas nouvelle, mais elle se durcit. Le programme de référence du Cameroun avec le FMI, prolongé en 2024, mentionne explicitement une trajectoire de réduction du soutien aux produits pétroliers. Le Gabon, revenu depuis 2023 dans une phase de reconstruction institutionnelle, doit également composer avec un déficit public qui s’est creusé après la contraction des recettes d’hydrocarbures. Reste que les expériences récentes de levée brutale de subventions, du Nigeria en mai 2023 à l’Angola en juin 2023, ont provoqué des flambées inflationnistes et des tensions sociales qui dissuadent les capitales d’avancer trop vite.
2026, année de vérité pour la soutenabilité budgétaire
Pour la BEAC, l’enjeu dépasse la seule gestion des prix à la pompe. L’institution de Yaoundé veille sur la stabilité monétaire d’une zone arrimée à l’euro par la parité fixe du franc CFA, et surveille le niveau des réserves de change, remonté au-dessus de cinq mois d’importations en 2024 après plusieurs années de reconstitution laborieuse. Toute dérive des déficits publics finance par création monétaire ou par ponction sur les comptes du Trésor logés à la banque centrale fragiliserait cet édifice.
Concrètement, trois variables conditionneront l’ampleur réelle du choc en 2026. D’abord, la trajectoire du Brent, que les principales agences anticipent dans une fourchette large entre 65 et 85 dollars le baril. Ensuite, le rythme auquel les gouvernements de la CEMAC accepteront de laisser remonter les prix intérieurs, dans un contexte politique où le Cameroun aborde l’après-présidentielle, le Gabon prépare sa sortie de transition et le Tchad consolide son nouvel exécutif. Enfin, la capacité des États à construire des filets sociaux crédibles, condition posée par le FMI pour accompagner toute réforme sans compromettre la cohésion.
Le signal envoyé par la banque centrale sous-régionale place donc 2026 sous le signe d’une arithmétique exigeante. Entre la nécessité de préserver des marges budgétaires pour l’investissement et le refus politique d’un ajustement brutal, les six capitales de la CEMAC devront arbitrer vite, sous l’œil attentif des marchés et des partenaires financiers.
Pour aller plus loin
Nigeria : le FMI chiffre à 4,3 % le rebond attendu en 2027 · Gabon : la Banque mondiale chiffre à 105 milliards FCFA les économies de paie publique · Pêche au Sénégal : la valeur ajoutée recule de 32,9 %

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