Nigeria : le FMI chiffre à 4,3 % le rebond attendu en 2027

Black and white cityscape of Lagos with a prominent architectural structure and busy road.Photo : eniforo kelvin / Pexels

La projection du Fonds monétaire international fixe à 4,3 % la croissance du Nigeria en 2027, un niveau qui, s’il se confirmait, marquerait la sortie durable du pays d’un cycle d’expansion molle entamé après le choc pétrolier de 2015-2016. Pour Abuja, l’enjeu dépasse la statistique : il s’agit de la validation implicite, par le principal bailleur multilatéral, d’une séquence de réformes dont l’exécutif revendique la paternité depuis mai 2023.

Une projection qui tranche avec la décennie perdue

La performance anticipée par le FMI contraste avec la trajectoire des dix dernières années. Entre 2015 et 2022, la croissance nigériane a oscillé entre -1,6 % et 3,6 %, soit un rythme systématiquement inférieur à la croissance démographique, estimée autour de 2,4 % par an. Le résultat a été mécanique : le produit intérieur brut par habitant a reculé, et la Banque mondiale a classé environ 87 millions de Nigérians sous le seuil de pauvreté avant même la série de dévaluations engagée en 2023.

Un rythme de 4,3 % renouerait avec les ordres de grandeur observés avant la récession de 2016, lorsque la rente pétrolière soutenait encore un rebasage des comptes nationaux. L’écart n’est pas anecdotique : chaque point de croissance supplémentaire représente, pour une économie dont le PIB nominal dépasse 360 milliards de dollars, plusieurs milliards de recettes fiscales potentielles et un desserrement de la contrainte extérieure.

La désinflation, condition et conséquence

Le second élément de la projection, la désinflation, est en réalité la clé de voûte du scénario. L’inflation nigériane a franchi la barre des 30 % en glissement annuel au premier semestre 2024, portée par la suppression de la subvention aux carburants décidée dès l’investiture de Bola Tinubu et par l’unification des taux de change du naira. Ces deux mesures, longtemps réclamées par les institutions de Bretton Woods, ont renchéri les importations et pulvérisé le pouvoir d’achat urbain.

La Banque centrale du Nigeria (CBN), sous la direction d’Olayemi Cardoso depuis septembre 2023, a répondu par un durcissement monétaire sans précédent, portant son taux directeur au-delà de 27 %. Le reflux attendu de l’inflation à l’horizon 2027 suppose que cette orthodoxie soit tenue, malgré les pressions récurrentes du patronat local et des gouverneurs d’États pour un assouplissement rapide. Il suppose aussi que le naira, qui a perdu près de 70 % de sa valeur face au dollar depuis juin 2023, trouve un point d’équilibre.

Le coût social, angle mort du scénario

Reste que la crédibilité d’une projection à trois ans se mesure aussi à sa soutenabilité politique. Les manifestations EndBadGovernance d’août 2024, les grèves à répétition du Nigeria Labour Congress et la pression croissante sur le salaire minimum rappellent que la trajectoire désinflationniste a un prix, supporté d’abord par les ménages. Le gouvernement fédéral a dû relever le salaire minimum à 70 000 nairas en 2024, mais l’ajustement reste très inférieur à la perte de pouvoir d’achat réelle.

Les institutions concurrentes du FMI nuancent par ailleurs l’optimisme. La Banque africaine de développement, dans ses perspectives économiques régionales, retient des hypothèses légèrement plus prudentes pour l’Afrique de l’Ouest, soulignant la volatilité du prix du Brent et l’incertitude sur la production pétrolière nigériane, encore inférieure au quota OPEP du pays. Or sans redressement durable de la production, actuellement proche de 1,4 million de barils par jour contre un objectif budgétaire de 1,8 million, la contribution du secteur extractif à la croissance 2027 restera plafonnée.

Un signal pour les investisseurs et pour la zone

Pour les créanciers obligataires et les investisseurs directs, la projection constitue néanmoins un marqueur utile. Le Nigeria est revenu sur le marché eurobond fin 2024 après deux ans d’absence, à des conditions reflétant encore une prime de risque élevée. Une trajectoire à 4,3 % en 2027, couplée à une inflation ramenée à un chiffre, modifierait le profil de la dette publique, dont le service absorbe aujourd’hui plus de 60 % des recettes fédérales.

À l’échelle de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, où le Nigeria pèse environ les deux tiers du PIB cumulé, l’accélération anticipée aurait des effets d’entraînement sur les corridors commerciaux avec le Bénin, le Niger et le Cameroun. Elle redonnerait aussi du poids à Abuja dans un espace régional recomposé depuis le retrait des trois États sahéliens de la CEDEAO.

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About the Author

Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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