Cameroun : un patrouilleur américain Metal Shark pour le golfe de Guinée

Sahil Güvenlik coast guard boat moored at Foça harbor, İzmir, Türkiye.Photo : Doğan Alpaslan Demir / Pexels

Le constructeur naval américain Metal Shark, enseigne commerciale de la société Gravois Aluminum Boats LLC, a été retenu pour livrer un patrouilleur côtier aux forces maritimes camerounaises. Le marché, d’un montant total de 1,197 million de dollars, soit près de 691 millions de francs CFA, a été attribué par les garde-côtes américains sous la référence 70Z02326F92200018. Il comprend un bâtiment de type 38 Defiant, long d’environ 11,6 mètres et à coque aluminium, assorti d’une remorque de transport, d’un lot de pièces de rechange et de la formation des équipages camerounais.

La construction est assurée à l’usine de Jeanerette, en Louisiane. L’enveloppe se décompose en une commande initiale de 1,144 million de dollars, complétée par un avenant du 24 septembre 2026 de l’ordre de 53 000 dollars destiné à l’approvisionnement en pièces détachées. Le contrat, à prix ferme, s’inscrit dans un accord-cadre fédéral américain et doit s’exécuter au plus tard le 31 août 2027. Trois offres ont été reçues au terme de la mise en concurrence. Le même jour, Metal Shark a annoncé un contrat jumeau pour la Géorgie, portant sur un patrouilleur identique.

Le golfe de Guinée, théâtre prioritaire pour Washington

L’opération passe par le programme Foreign Military Sales (FMS), piloté par la Defense Security Cooperation Agency (DSCA). Ce mécanisme autorise aussi bien un financement par le pays bénéficiaire que par des crédits fédéraux américains, sans que l’origine des fonds engagés côté camerounais ait été rendue publique. Il demeure l’instrument central par lequel Washington arme ses partenaires africains sur le littoral atlantique, de la Côte d’Ivoire au Gabon.

La façade camerounaise, longue d’environ 400 kilomètres, verrouille le fond du golfe de Guinée, à l’articulation entre les champs pétroliers offshore de Bakassi, les routes maritimes vers Douala et les eaux disputées autour de la péninsule éponyme. Pendant plus d’une décennie, cette zone a concentré la majorité mondiale des actes de piraterie et de kidnapping en mer. Le Bureau maritime international recensait encore 81 marins enlevés dans le golfe de Guinée en 2020, soit l’écrasante majorité des cas enregistrés sur la planète cette année-là. Depuis, les attaques ont nettement reflué, portées par les patrouilles coordonnées sous l’architecture de Yaoundé, adoptée en 2013 par les États riverains.

Une coopération navale ancienne entre Yaoundé et Washington

Le choix de Metal Shark n’est pas inédit en Afrique centrale. Le chantier louisianais fournit déjà des unités de même gabarit à plusieurs marines du continent, souvent dans le cadre du programme Africa Partnership Station conduit par l’US Navy depuis 2007. Les Defiant de 11 à 14 mètres, appréciés pour leur manœuvrabilité en zone littorale et estuarienne, sont particulièrement adaptés aux missions de lutte contre la contrebande, la pêche illégale et les mouvements armés en zone fluvio-maritime.

Pour le Cameroun, la coopération militaire avec les États-Unis s’est intensifiée à partir de 2014, avec le déploiement de conseillers américains dans l’Extrême-Nord face à Boko Haram, puis par la fourniture d’équipements terrestres et aériens. L’extension au domaine maritime prolonge cette logique, à un moment où le Bataillon d’intervention rapide (BIR) et la Marine nationale camerounaise cherchent à renouveler une flotte vieillissante, composée pour une bonne part de vedettes acquises auprès de la Chine, de la France et d’Israël au cours des années 2010.

Un signal stratégique au-delà du montant

Rapporté aux budgets de défense régionaux, le montant du contrat reste modeste. Il ne doit pas masquer la portée politique de l’opération. En s’adossant à un chantier américain plutôt qu’à un fournisseur chinois, turc ou européen pour cette unité, Yaoundé envoie un signal de diversification de ses partenaires sécuritaires, dans une Afrique centrale où Pékin a longtemps dominé les livraisons de patrouilleurs côtiers. L’arrivée d’un bâtiment supplémentaire renforce par ailleurs la capacité de projection camerounaise dans la zone D de l’architecture de Yaoundé, qui couvre les eaux partagées avec le Nigeria, la Guinée équatoriale et São Tomé-et-Príncipe.

Reste à préciser l’administration bénéficiaire finale, la date exacte de livraison et les modalités de maintenance au-delà du périmètre du marché actuel. Ces paramètres détermineront la valeur opérationnelle réelle de l’acquisition pour les forces maritimes camerounaises, dont la montée en gamme technologique dépend autant de la régularité des pièces et de la formation que du nombre de coques alignées.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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