Le Maroc accueillera 15 essais anti-drones de l’US Army en 2027

Aerial shot of a military tank parked on rugged terrain captured by drone.Photo : Samir Smier / Pexels

Le Maroc confirme son statut de terrain d’expérimentation militaire américain. L’US Army prévoit d’évaluer à Tan-Tan, au printemps 2027, jusqu’à quinze solutions anti-drones destinées à protéger les postes de commandement et sites opérationnels de ses forces déployées en Afrique et au sud de l’Europe. Les démonstrations soldats sont programmées en février et mars, suivies d’une évaluation en conditions réelles lors de l’édition 2027 d’African Lion, en avril et mai. L’annonce, formulée dans un communiqué de l’armée américaine daté du 16 octobre, s’inscrit dans un cycle d’acquisition accélérée piloté conjointement par la Southern European Task Force Africa (SETAF-AF) et le Global Tactical Acquisition Directorate.

Un dispositif américain calibré pour la menace drone bas-coût

La prolifération des drones commerciaux détournés à des fins militaires a bouleversé la doctrine occidentale depuis les guerres du Haut-Karabagh en 2020 et surtout d’Ukraine à partir de 2022. Un Shahed-136 iranien coûte quelques dizaines de milliers de dollars, quand les missiles d’interception traditionnels dépassent souvent le million. Cette équation économique défavorable a poussé le Pentagone à multiplier les programmes de lutte anti-drones combinant brouillage électronique, armes à énergie dirigée et intercepteurs cinétiques légers. Le programme confié au colonel Christopher Hill reprend un schéma éprouvé par le Global Tactical Acquisition Directorate : retenir une quinzaine de fournisseurs pour les démonstrations, puis attribuer jusqu’à cinq contrats, avec pour cible une mise à disposition aux unités sous 180 jours.

« Nous mettons les soldats au cœur du processus de sélection », a résumé le colonel Hill dans un entretien accordé à DefenseScoop le 14 octobre. Le choix du désert marocain n’est pas anodin : les conditions climatiques, l’étendue des zones d’essai et la discrétion opérationnelle qu’offre Tan-Tan permettent de tester des capteurs radar et optroniques dans des environnements proches de ceux rencontrés au Sahel ou en Corne de l’Afrique.

Tan-Tan, pivot sécuritaire du flanc sud de l’OTAN

Depuis le début du mois d’août, les Forces armées royales marocaines ont ouvert leur zone d’essais militaires à des entreprises privées spécialisées dans les missiles, drones et équipements associés. Cette décision s’articule avec un accord antérieur portant création, à Tan-Tan, d’un Centre africain de formation et d’expérimentation multidomaine, incluant une académie de drones et un pôle d’innovation. Le 13 octobre, le Maroc et l’Égypte ont par ailleurs adhéré à un cadre d’achat accéléré d’équipements anti-drones homologués par les États-Unis, consolidant un bloc nord-africain aligné sur les standards du Pentagone.

Cette architecture n’a pas d’équivalent sur le continent. Djibouti abrite certes la seule base permanente américaine en Afrique, Camp Lemonnier, mais l’activité y reste concentrée sur les opérations contre-terroristes dans la Corne. Au Maroc, c’est une logique différente qui s’installe : celle d’un laboratoire doctrinal partagé, où les Forces armées royales montent en compétence tout en servant d’hôte à des technologies encore en phase de qualification. L’exercice African Lion, dont l’édition 2024 a mobilisé plus de 7 000 militaires de dix-huit nations, offre le cadre institutionnel idéal pour transformer un banc d’essai en vitrine opérationnelle.

Un pari géopolitique scruté par Alger et Madrid

La localisation de Tan-Tan, à moins de deux cents kilomètres de la frontière avec le Sahara occidental, confère à cette coopération une dimension politique immédiate. L’Algérie, qui a rompu ses relations diplomatiques avec Rabat en août 2021, observe avec préoccupation la densification des liens militaires américano-marocains, alors même qu’Alger a conclu plusieurs contrats d’armement majeurs avec Moscou ces dernières années. L’Espagne, voisine atlantique, suit également l’évolution d’une architecture sécuritaire qui redessine les équilibres en Méditerranée occidentale.

Rien n’indique à ce stade que Rabat ait acquis les systèmes testés, ni que le ministère marocain de la Défense ait communiqué publiquement sur sa participation au cadre d’achat accéléré. L’absence de prise de position officielle contraste avec l’intensité des opérations annoncées côté américain. Reste que la trajectoire est claire : en moins de dix-huit mois, le Royaume aura cumulé l’ouverture de ses zones d’essais, l’adhésion à un mécanisme d’acquisition OTAN-compatible et l’accueil d’une évaluation d’ampleur inédite sur le continent. Pour Washington, Tan-Tan devient le point d’ancrage d’une politique anti-drones africaine qui, hier encore, se jouait principalement depuis Stuttgart.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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