Cameroun : 444 milliards FCFA de cautions bancaires émises au S1 2026

Modern building exterior in Brasília, Brazil, featuring reflective glass and iconic Banco logo.Photo : Matheus Natan / Pexels

Les cautions bancaires au Cameroun ont nettement reflué au premier semestre 2026. Le volume des nouveaux engagements par signature délivrés par les banques commerciales est tombé à 444,16 milliards de FCFA, contre 604,35 milliards un an plus tôt, selon le rapport de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) sur le deuxième trimestre 2026, publié le 22 octobre. L’écart de 160 milliards de FCFA, soit 26,5 % en glissement annuel, intervient alors que l’ensemble des nouveaux concours bancaires au Cameroun recule plus modérément, de 14,8 %, pour s’établir à 3 140,25 milliards de FCFA sur le semestre.

Un signal de prudence sur la commande publique camerounaise

La caution bancaire n’est pas un crédit décaissé : c’est une promesse de payer à la place du client si ce dernier fait défaut. Elle sert avant tout à garantir la bonne exécution d’un marché, le remboursement d’un acompte ou la couverture d’une dette fiscale et douanière. Lorsque ces engagements se contractent aussi brutalement, c’est que les banques estiment le risque de contrepartie plus élevé, ou que la demande de garanties émanant des donneurs d’ordre, à commencer par l’État et ses démembrements, s’étiole.

Le recul se concentre sur les grands comptes. Les cautions délivrées aux grandes entreprises camerounaises sont passées de 505,18 milliards de FCFA au S1 2025 à 320,55 milliards au S1 2026, un décrochage de 36,5 % équivalent à 184,64 milliards de FCFA. Ce segment, qui pèse encore 72,2 % des engagements par signature du semestre, concentre historiquement les cautions adossées aux marchés publics d’infrastructures, aux contrats pétro-gaziers et aux grandes opérations d’importation. Son affaissement traduit une frilosité qui déborde largement la mécanique comptable.

Les PME camerounaises prennent une part croissante

À rebours de cette tendance, le tissu des petites et moyennes entreprises gagne du terrain. Les cautions accordées aux PME camerounaises ressortent à 122,21 milliards de FCFA au premier semestre 2026, contre 97,28 milliards un an plus tôt, en hausse de 25,6 %. Le mouvement s’accélère au deuxième trimestre, avec 80,50 milliards de FCFA délivrés, soit 66,9 % de plus qu’au T2 2025. Résultat : le poids des PME dans les engagements par signature grimpe à 27,5 %, contre 16,1 % douze mois plus tôt.

Cette rotation est significative pour un marché historiquement verrouillé par une poignée de corporate. Elle rejoint les orientations prudentielles de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), qui pousse depuis plusieurs années à l’inclusion financière des PME, et elle fait écho aux dispositifs de garantie partielle portés par la Banque africaine de développement et le Fonds africain de garantie. Reste à savoir si cette percée résiste à un éventuel durcissement du cycle du crédit.

Un rebond trimestriel qui ne lève pas les doutes

À l’intérieur du semestre, la trajectoire est heurtée. Après un premier trimestre atone, à 133,41 milliards de FCFA de cautions nouvelles, en chute de 52 % sur un an, le deuxième trimestre affiche 310,75 milliards, soit une progression de 177,34 milliards (+133 %) d’un trimestre à l’autre. Près de 70 % des cautions du semestre ont ainsi été émises entre avril et juin. Mais ce rebond ne gomme pas l’écart avec le T2 2025, où les banques avaient délivré 326,39 milliards, soit 4,8 % de plus qu’en 2026.

L’effet est également visible sur le coût moyen des concours. Le taux effectif global (TEG) des nouveaux crédits ressort à 8,13 % au T2 2026, contre 8,97 % au trimestre précédent. Mais cette baisse de 0,84 point est en partie optique : les engagements par signature, facturés en moyenne à 1,26 %, pèsent davantage dans le mix (17,2 % des concours au T2, contre 10 % au T1), ce qui tire mécaniquement la moyenne vers le bas. Pour les crédits amortissables et découverts, le TEG ne recule que de 0,27 point, à 9,55 %.

Pour l’économie camerounaise, premier marché bancaire de la CEMAC, l’enjeu dépasse la lecture statistique. Le volume de cautions conditionne la capacité des entreprises à soumissionner aux appels d’offres, à sécuriser leurs acomptes et à dédouaner leurs importations. Un reflux durable des engagements aux grands comptes, s’il se confirme au second semestre, pèserait sur l’exécution de la commande publique et sur l’activité d’un tissu de sous-traitants déjà fragilisé par les retards de paiement de l’État.

Pour aller plus loin

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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