Sénégal : un cadre de Pastef alerte sur le risque FMI d’un budget par décret

A vibrant minibus travels the streets of Dakar, passing a historic church under a clear blue sky.Photo : Lom Doudou / Pexels

L’avertissement vient de l’intérieur même du camp présidentiel. Alioune Guèye, cadre de la majorité parlementaire sénégalaise affiliée au Pastef et ancien dirigeant du secteur pétrolier public, considère qu’un budget adopté sans vote de l’Assemblée nationale rendrait impossible la poursuite du programme financier conclu entre Dakar et le Fonds monétaire international (FMI). Sa prise de position, relayée publiquement, intervient alors que les relations entre le Sénégal et l’institution de Bretton Woods traversent une séquence particulièrement sensible.

Un argument juridique au cœur du débat budgétaire sénégalais

Le raisonnement avancé par le responsable politique repose sur une lecture stricte des règles de gouvernance du FMI. Selon lui, le Fonds ne saurait valider un décaissement en faveur d’un État dont les comptes publics ne reposent pas sur une loi de finances votée par le Parlement. « Le FMI est statutairement incapable de décaisser le moindre franc face à un budget imposé par décret », a-t-il affirmé, résumant d’une formule l’un des points de friction les plus sensibles du moment.

Cette précaution n’est pas sans fondement. Les accords conclus entre le Fonds et ses États membres s’appuient en principe sur un cadrage macroéconomique sanctionné par le pouvoir législatif, condition de prévisibilité pour les créanciers et les marchés. Les revues semestrielles menées par les équipes du FMI vérifient la conformité de l’exécution budgétaire avec les engagements pris, et une rupture de ce lien parlementaire fragiliserait l’ensemble du dispositif de surveillance.

Un programme FMI déjà sous tension à Dakar

Le Sénégal est engagé depuis juin 2023 dans un programme combiné de facilité élargie de crédit et de mécanisme élargi de crédit, assorti d’un volet dédié à la résilience climatique, pour une enveloppe globale d’environ 1,8 milliard de dollars sur trente-six mois. Ce dispositif a été suspendu de fait à la suite de la révélation, à l’automne 2024, d’écarts importants entre les chiffres officiels de la dette publique transmis par les autorités précédentes et la réalité des comptes. Le Fonds a reconnu avoir reçu des données inexactes et a ouvert une procédure de misreporting, inédite par son ampleur dans la sous-région.

Depuis plusieurs mois, les équipes dirigées par le ministre de l’Économie et le ministre des Finances négocient un nouveau cadre de coopération avec Washington. La reprise des décaissements est présentée comme un signal décisif pour les investisseurs internationaux, dans un contexte où les spreads sénégalais se sont tendus et où plusieurs agences de notation ont dégradé la signature du pays. L’enjeu dépasse donc la seule arithmétique budgétaire : il engage la crédibilité financière de la deuxième économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Entre contrainte politique et impératif de crédibilité

L’hypothèse d’un budget adopté par voie d’ordonnance ou de décret ressurgit à chaque fois que le calendrier parlementaire semble risquer de télescoper l’exigence de disposer, au 1er janvier, d’un cadre financier opérationnel. Reste que l’arbitrage comporte un coût politique élevé pour une majorité qui dispose depuis les législatives anticipées de novembre 2024 d’une large assise à l’Assemblée nationale. S’affranchir du vote reviendrait, pour les critiques, à contredire le discours de rupture institutionnelle porté depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye en mars 2024.

La sortie d’Alioune Guèye illustre un débat qui traverse la coalition au pouvoir, entre tenants d’une orthodoxie juridique soucieuse de préserver l’accès aux financements concessionnels et partisans d’une lecture plus souple des marges de manœuvre de l’exécutif. Dans la sous-région, le précédent du Mali, suspendu de plusieurs mécanismes de financement multilatéral après le coup d’État de 2020, ou celui du Niger, dont le programme FMI de 1,4 milliard de dollars a été gelé à l’été 2023, rappellent combien un désalignement avec Washington peut peser sur les équilibres macroéconomiques.

Pour Dakar, la fenêtre de négociation reste étroite. La signature d’un nouveau programme suppose un cadrage budgétaire crédible, une trajectoire de dette soutenable et un retour à la transparence statistique. Dans cette équation, la procédure d’adoption de la loi de finances n’est pas un détail technique : elle conditionne la lecture que feront le FMI, mais aussi les porteurs d’eurobonds sénégalais, de la gouvernance économique du pays pour l’année qui s’ouvre.

Pour aller plus loin

Dette : le Sénégal mobilise 55 milliards FCFA sur le marché UMOA · Kinshasa : la filiale de Standard Bank engrange 17,8 M USD au S1 · Crédit en zone CEMAC : les PME restent exclues du desserrement bancaire

Actualité africaine

About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

Be the first to comment on "Sénégal : un cadre de Pastef alerte sur le risque FMI d’un budget par décret"

Laisser un commentaire