Le projet photovoltaïque d’El Foulia, implanté dans la wilaya saharienne d’El Oued, s’inscrit dans une bascule énergétique que l’Algérie tente d’opérer depuis une décennie. Pays membre de l’OPEP, troisième fournisseur de gaz de l’Union européenne depuis 2022, Alger continue de tirer plus de 95 % de ses recettes d’exportation des hydrocarbures. La construction de grandes centrales solaires dans le Sud vise à inverser progressivement cette équation, en libérant du gaz pour l’export tout en répondant à une demande intérieure d’électricité en croissance rapide.
Un site saharien choisi pour son gisement solaire
El Oued, situé dans le Souf, à environ 600 kilomètres au sud-est d’Alger, bénéficie d’un ensoleillement parmi les plus élevés du bassin méditerranéen, estimé entre 2 500 et 3 000 heures par an. Cette ressource en fait l’un des territoires prioritaires du programme national de développement des énergies renouvelables, officiellement relancé en 2021 avec un objectif de 15 000 mégawatts d’origine renouvelable à l’horizon 2035. Le choix du site d’El Foulia répond à cette logique de concentration des capacités dans les wilayas méridionales, où la disponibilité foncière et la qualité du rayonnement direct permettent d’optimiser le rendement des panneaux cristallins.
La région d’El Oued a par ailleurs été identifiée dans les appels d’offres lancés par Shaems, la société de projet créée en 2021 par Sonatrach et Sonelgaz pour piloter l’ambitieux plan Solar 1000 MW, décliné depuis en tranches successives. Ce dispositif prévoit l’implantation de centrales de 50 à 300 mégawatts dans une dizaine de wilayas du Sud et des Hauts-Plateaux, avec un contenu local progressivement renforcé.
Un programme national qui peine encore à décoller
Malgré les annonces, la trajectoire algérienne du solaire reste en retrait par rapport à ses voisins. À fin 2023, le pays comptait environ 450 mégawatts d’installations photovoltaïques raccordées, un niveau dix fois inférieur à celui de l’Égypte, où le complexe de Benban, inauguré en 2019, culmine à 1 650 mégawatts et constitue l’une des plus grandes centrales solaires d’Afrique. Le Maroc, avec le complexe Noor Ouarzazate et ses 580 mégawatts combinés, a également pris une longueur d’avance, de même que l’Afrique du Sud, dont le parc solaire utility-scale dépassait 2 800 mégawatts fin 2023.
Dans ce paysage, la centrale d’El Foulia doit être évaluée à l’aune de sa capacité installée réelle et de son calendrier de mise en service, deux paramètres qui conditionneront son poids effectif. Le qualificatif de projet « d’envergure continentale » ne pourra se vérifier que si la puissance dépasse plusieurs centaines de mégawatts et si l’exécution respecte les délais, ce qui n’a pas été le cas des précédents cycles d’appels d’offres algériens, lancés en 2015 puis gelés faute de bouclage financier.
L’export, horizon stratégique mais lointain
Au-delà de la satisfaction du marché intérieur, les grandes centrales du Sud algérien sont régulièrement présentées comme la future base d’un corridor d’exportation d’électricité verte vers l’Europe. Le projet de câble sous-marin SoutH2 Corridor, porté par Sonatrach et plusieurs opérateurs italiens, prévoit à moyen terme un acheminement d’hydrogène vert produit à partir de solaire saharien. Un mémorandum signé en 2023 entre l’Algérie, l’Italie, l’Allemagne et l’Autriche a formalisé cette ambition, sans calendrier contraignant.
Reste que la monétisation à l’export suppose au préalable une montée en puissance des capacités domestiques et une refonte des mécanismes tarifaires. La Commission de régulation de l’électricité et du gaz (CREG) travaille à l’actualisation du cadre des contrats d’achat d’électricité renouvelable, dont la rigidité a longtemps dissuadé les développeurs étrangers. Concrètement, la trajectoire d’El Foulia dépendra autant de la fiabilité du calendrier d’exécution que de la capacité d’Alger à sécuriser les financements, à accélérer les raccordements au réseau haute tension et à consolider une filière industrielle locale de panneaux et d’onduleurs. C’est à cette aune que se mesurera la portée réelle du virage solaire algérien.
Pour aller plus loin
L’Algérie pousse pour un GECF plus coordonné face aux marchés européens · L’AES peine à faire circuler le brut nigérien vers Bamako et Ouagadougou · Gabon : Oligui Nguema réclame des comptes à BW Energy après un naufrage

Be the first to comment on "L’Algérie accélère son virage solaire avec la centrale d’El Oued"