À Kingabwa, dans la commune kinoise de Limete, la filiale Tradex RDC a mis en service le 22 octobre 2026 son premier point de vente carburant en République démocratique du Congo. L’enseigne, baptisée Tradex Kingabwa, a été présentée au public par un communiqué du groupe daté du lendemain. Pour la maison mère camerounaise, détenue par la SNH, il s’agit du premier actif commercial réellement exploité à Kinshasa, deux ans après la constitution de la filiale locale en 2024.
Une entrée mesurée sur un marché aval congolais encombré
Le site occupe 1 800 mètres carrés et aligne quatre pompes raccordées à douze pistolets, avec un débit unitaire de trois mètres cubes par heure. Côté stockage, la station dispose d’une capacité totale de 130 000 litres, répartie entre essence super et gasoil. Les réservoirs enterrés sont équipés d’une double paroi et de capteurs de détection de fuite, un standard réglementaire que les autorités congolaises exigent de plus en plus strictement depuis les incidents enregistrés dans la périphérie de Kinshasa au cours de la dernière décennie.
Le dispositif de sécurité incendie, les bureaux, la boutique, un espace dédié aux services pour motos, voitures et engins de BTP ainsi qu’un local gaz pouvant accueillir 300 bouteilles complètent l’ensemble. Un groupe électrogène sécurise l’alimentation, et un forage d’eau a été ouvert aux habitants du quartier, pratique courante dans un périmètre où la desserte de la Regideso reste intermittente. Le chantier, confié à des entreprises congolaises, a mobilisé une cinquantaine de personnes ; l’exploitation stabilisée emploie seize salariés permanents, recrutés localement.
Le ticket de 2,1 millions de dollars peut paraître modeste au regard des investissements des majors présentes à Kinshasa. Mais il s’inscrit dans un marché aval où cohabitent déjà des opérateurs comme TotalEnergies Marketing RDC, Engen, Cobil ou le congolais SEP-Congo pour la logistique amont. Le gouvernement congolais, via le ministère des Hydrocarbures et l’Agence de régulation du secteur, encadre strictement les marges, les prix à la pompe et les normes techniques. Pour un entrant CEMAC, le défi n’est pas tant la liquidité que l’accès aux produits raffinés dans un pays qui importe la quasi-totalité de sa consommation via les terminaux de Matadi et de Pointe-Noire.
L’épisode Maba, révélateur du risque politico-réglementaire
La seconde station, Tradex Maba, située face à l’aéroport international de N’djili, devait initialement ouvrir en finition courant 2026. Elle a été démolie le 28 août de la même année, alors que les travaux étaient en phase d’achèvement, après un investissement supérieur à 2 millions de dollars. Les travaux ont redémarré il y a deux semaines, pour une mise en service annoncée mi-décembre 2026. Un responsable de l’entreprise résume la situation d’une formule laconique : « Tout est maintenant ok. Il reste la compensation à faire… », a-t-il déclaré à Investir au Cameroun.
Rien n’a été rendu public sur la base juridique de la démolition ni sur l’administration qui l’a ordonnée. Ce type d’épisode n’est pas isolé à Kinshasa : les campagnes de déguerpissement conduites par l’Hôtel de ville depuis 2015 ont touché plusieurs stations-service et commerces jugés en infraction avec les plans d’urbanisme ou les emprises routières. L’exposition à ce risque est désormais une donnée centrale pour tout investisseur du secteur dans la capitale congolaise.
Un pari sous-régional porté par la SNH
Le capital social de Tradex RDC, fixé à 11,67 milliards de francs congolais, soit un ordre de grandeur d’environ 4 millions de dollars au cours récent, dessine une structure capitalistique encore légère au regard des ambitions. Deux appels d’offres sont annoncés pour la construction de deux stations supplémentaires. Un cadre de l’entreprise, cité par Investir au Cameroun, revendique un modèle élargi : « Dans notre prochaine station-service, nous proposerons même des services bancaires. »
Hors Cameroun, Tradex est déjà présent au Tchad et en République centrafricaine, deux marchés enclavés où la logistique prime sur le volume. Le pari congolais est d’une autre nature : il s’agit d’un marché de plus de 100 millions d’habitants, à forte croissance de la demande d’énergies fossiles, mais structurellement dépendant des importations. Pour la SNH, l’opération offre une diversification géographique utile au moment où la production pétrolière camerounaise décline, passée sous les 60 000 barils par jour en moyenne annuelle depuis 2023 selon les données publiques du secteur. Kinshasa devient, à ce titre, un terrain d’épreuve stratégique.
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