Yaoundé reçoit un projet d’importation pétrolière sans règlement immédiat

A large red oil tanker named Bow Excellence docked at a harbor under clear blue skies.Photo : Oleksiy / Pexels

La rencontre du 20 octobre 2026 à Yaoundé entre Gaston Eloundou Essomba, ministre camerounais de l’Eau et de l’Énergie, et une délégation menée par KC Trade International marque une nouvelle étape dans la recomposition de la chaîne d’importation pétrolière du pays. L’administrateur général du groupe, Cédric Ketchanga, est venu présenter un montage associant deux poids lourds du négoce international : BGN, dirigé par Rüya Bayegan et implanté notamment à Genève, et Zyron Energy, plateforme basée aux Émirats arabes unis et active sur le brut, les produits raffinés et le gaz de pétrole liquéfié (GPL) à destination de l’Afrique de l’Ouest et centrale.

Un schéma de financement calibré pour un État sous tension

Le cœur de la proposition repose sur une formule désignée par Cédric Ketchanga comme « Open account 100 % » : les cargaisons seraient livrées au Cameroun avant d’être facturées, le règlement intervenant à une échéance ultérieure non précisée. Ce type d’arrangement, courant dans le commerce intra-européen pour les biens de consommation, demeure plus rare dans le négoce pétrolier, où la lettre de crédit documentaire bancaire reste la norme. L’exposition au risque y est en effet considérable, une cargaison d’essence ou de gasoil représentant typiquement entre 30 et 60 millions de dollars selon la taille du navire et les cours du moment.

Les paramètres financiers du dispositif n’ont pas été rendus publics : ni la durée du crédit fournisseur, ni les volumes concernés, ni les éventuelles garanties souveraines ou bancaires exigées en contrepartie. L’ampleur de ces zones grises interdit, en l’état, d’apprécier la portée budgétaire réelle du projet pour le Trésor camerounais ou pour la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP), qui opère les terminaux de stockage.

Un marché devenu stratégique pour les traders depuis mai 2019

L’offre intervient dans un contexte où le Cameroun est devenu structurellement importateur net de produits raffinés. L’incendie qui a frappé la Société nationale de raffinage (Sonara) en mai 2019 a mis à l’arrêt l’unique raffinerie du pays, située à Limbé, et aucune remise en service significative n’a eu lieu depuis. Entre janvier et octobre 2025, selon les chiffres communiqués par le ministère de l’Eau et de l’Énergie à l’Assemblée nationale, le pays a importé environ 1,58 million de tonnes de carburants liquides et 208 216 tonnes de GPL, soit près de 1,79 million de tonnes sur dix mois. Rapporté à une année pleine, le marché avoisine désormais les 2,1 à 2,2 millions de tonnes.

À titre de comparaison, la Côte d’Ivoire, dont la Société ivoirienne de raffinage traite près de 3,5 millions de tonnes par an, demeure exportatrice nette dans la sous-région. Le contraste souligne l’ampleur de la part de marché aujourd’hui captable par les négociants internationaux au Cameroun, dans un segment longtemps dominé par les contrats de gré à gré entre la Sonara et quelques fournisseurs attitrés. Rüya Bayegan a indiqué à l’issue de l’entretien que BGN avait déjà commencé à livrer le Cameroun et étudiait des investissements supplémentaires dans le pays.

Au-delà des cargaisons, une offre industrielle plus large

La délégation n’a pas limité son propos à l’approvisionnement. Plusieurs autres pistes ont été soumises au ministre : la mise en place d’accords de fourniture pluriannuels, l’écoulement sur les marchés internationaux du brut extrait au Cameroun, ainsi que des prises de participation conjointes dans des navires et dans des infrastructures portuaires et pétrolières. Chacun de ces volets, pris isolément, engagerait l’État dans une relation de long terme avec des opérateurs privés dont la part dans l’approvisionnement national n’est pas publiquement documentée.

La commercialisation du brut camerounais, assurée aujourd’hui par la Société nationale des hydrocarbures (SNH) à travers des appels d’offres trimestriels, constitue à cet égard l’un des points les plus sensibles. L’arrivée d’un intermédiaire supplémentaire sur cette activité aurait des implications directes sur les recettes pétrolières de l’État, dans un pays où la production a oscillé autour de 60 000 à 65 000 barils par jour ces dernières années. Pour les autorités, l’arbitrage ne portera donc pas seulement sur un mécanisme de trésorerie, mais sur la place à concéder à de nouveaux acteurs dans l’ensemble de la chaîne de valeur hydrocarbure.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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