Le GTI 2026 confirme le Sahel comme épicentre mondial du terrorisme

Soldier in Colombian military uniform holding a rifle, outdoors in Bojayá, Chocó, Colombia.Photo : Franklin Peña Gutierrez / Pexels

Le Global Terrorism Index 2026, publié par l’Institute for Economics and Peace, décrit un paradoxe désormais familier aux chancelleries ouest-africaines : alors que le nombre d’attaques et de victimes recule à l’échelle mondiale en 2025, l’Afrique de l’Ouest concentre une part croissante de la mortalité imputable au terrorisme. Le document, qui agrège données ouvertes et bases spécialisées sur la base d’une méthodologie pondérant incidents, décès, blessés et dommages matériels sur cinq ans, place à nouveau le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Nigeria parmi les dix pays les plus affectés. Cette hiérarchie, stable depuis l’édition 2024, s’inscrit dans une trajectoire longue d’enracinement de la menace djihadiste au sud du Sahara.

Un épicentre sahélien qui résiste à la décrue mondiale

La photographie dressée par le GTI 2026 prolonge celle de l’édition précédente, qui avait déjà identifié le Sahel central comme la zone enregistrant le plus grand nombre de décès liés au terrorisme sur la planète. Le Burkina Faso, propulsé en tête du classement mondial en 2024 avec près du quart des morts recensés dans le monde, reste au cœur du dispositif. Le Mali et le Niger complètent un triangle où opèrent principalement le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et l’État islamique au Sahel (EIGS, ex-ISGS). Plus au sud, le bassin du lac Tchad demeure le terrain d’action de Boko Haram et de la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (ISWAP), qui frappent le nord-est du Nigeria, l’extrême-nord du Cameroun, le sud-est du Niger et les rives tchadiennes.

La singularité sahélienne tient à la combinaison de trois facteurs rarement réunis ailleurs : des territoires vastes et faiblement administrés, une porosité frontalière structurelle, et des économies de guerre articulées autour de l’orpaillage artisanal, de la taxation du bétail et des trafics transsahariens. Cette équation explique que la pression militaire exercée depuis 2013, du dispositif Serval aux opérations conjointes de la Force conjointe du G5 Sahel, n’ait pas enrayé l’extension géographique des attaques vers les pays côtiers du golfe de Guinée, en particulier le nord du Togo, du Bénin et de la Côte d’Ivoire.

JNIM et EIGS : deux franchises concurrentes, une même expansion

La lecture du GTI 2026 confirme la montée en puissance du JNIM comme première organisation terroriste au monde en nombre d’attentats revendiqués, devant l’État islamique au Khorasan. La katiba, dirigée par Iyad Ag Ghaly, étend ses zones d’opération depuis le centre du Mali vers l’ouest du Burkina Faso et les régions limitrophes du Sénégal oriental. Sa rivale, l’EIGS, consolide son emprise dans la zone des trois frontières, entre Ménaka, Tillabéri et le Sahel burkinabè. Ces deux acteurs, en concurrence territoriale ouverte depuis 2020, pratiquent désormais une guerre d’usure contre les forces armées nationales et les milices d’autodéfense, dont les Volontaires pour la défense de la patrie au Burkina Faso.

Le bassin du lac Tchad présente une dynamique distincte. ISWAP y a supplanté Boko Haram depuis la mort d’Abubakar Shekau en 2021, en adoptant une stratégie plus prédatrice à l’égard des forces de sécurité et plus mesurée envers les populations civiles musulmanes. Cette gouvernance armée, documentée par plusieurs rapports du Conseil de sécurité des Nations unies, complique la réponse militaire du Nigeria et de la Force multinationale mixte.

Un diagnostic qui engage l’AES et la CEDEAO

Pour la Confédération des États du Sahel, créée en juillet 2024 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger après leur retrait de la CEDEAO, le classement du GTI 2026 constitue un test politique. Les trois régimes de transition ont justifié leur rupture avec les partenaires occidentaux et leur rapprochement sécuritaire avec Moscou, via l’Africa Corps successeur du groupe Wagner, par l’exigence de résultats tangibles sur le terrain. Les indicateurs produits par Pretoria et Sydney, villes où siège l’Institute for Economics and Peace, offrent une mesure extérieure difficile à contester.

Du côté de la CEDEAO, affaiblie par le départ de ses trois membres sahéliens, l’enjeu est celui de la protection des États côtiers. L’organisation régionale avait lancé en 2024 une initiative de 2,6 milliards de dollars destinée à financer une force régionale de lutte contre le terrorisme, dont la mise en œuvre reste suspendue aux arbitrages budgétaires de ses principaux contributeurs, à commencer par le Nigeria. Le diagnostic du GTI 2026, en documentant la progression du JNIM vers les frontières togolaise, béninoise et ivoirienne, redonne de l’urgence à ce chantier.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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