Gabon : les retards de paiement de l’État ralentissent les chantiers routiers

A construction worker in a safety vest stands on a rural road in Lafia, Nigeria, holding a helmet.Photo : Audu Samson / Pexels

Les retards de paiement de l’État gabonais aux entreprises de bâtiment et travaux publics affectent désormais le rythme d’exécution des chantiers routiers portés par la présidence de Brice Oligui Nguema. Selon des informations relayées à Libreville, plusieurs opérations seraient ralenties, voire suspendues, faute de règlement des décomptes mensuels dus aux entreprises adjudicataires. Le dossier touche directement la crédibilité du principal axe de communication du régime de transition, qui a fait de la relance des infrastructures l’un de ses marqueurs politiques depuis le changement de pouvoir du 30 août 2023.

Une commande publique routière sous pression de trésorerie

Depuis l’arrivée au pouvoir du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), les annonces de relance du réseau routier gabonais se sont multipliées, qu’il s’agisse de la Transgabonaise, de la route économique du nord ou du désenclavement de l’arrière-pays. Ces projets, dont certains étaient déjà engagés sous l’ère Bongo, mobilisent une poignée d’entreprises nationales et internationales habituées à travailler avec des décomptes payés par tranches. Dès lors qu’un ou deux mois de factures ne sont pas honorés, la mécanique s’enraye : les sous-traitants cessent les livraisons, les fournisseurs de bitume suspendent les expéditions, les équipes sont redéployées.

Le mécanisme est connu dans toute la sous-région. En Côte d’Ivoire comme au Cameroun, la Fédération nationale du BTP a plusieurs fois alerté, au cours des années 2010, sur l’effet domino des arriérés publics sur les PME du secteur. Au Gabon, la base entrepreneuriale est plus étroite, ce qui amplifie la portée de chaque défaut : quelques entreprises concentrent l’essentiel des marchés routiers, et leur fragilisation se traduit immédiatement par un ralentissement visible sur le terrain.

Le poids d’un budget contraint et d’une dette intérieure persistante

Le contexte macro-budgétaire gabonais explique en partie la difficulté. Le pays, dont le produit intérieur brut avoisine 20 milliards de dollars, demeure dépendant à plus de 60 % des recettes pétrolières pour son budget. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont régulièrement souligné, dans leurs revues sur la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le niveau élevé de la dette intérieure gabonaise, dont les arriérés aux fournisseurs et entreprises constituent une composante structurelle. Les autorités de transition avaient d’ailleurs annoncé, dès la fin 2023, un audit de cette dette intérieure et promis un plan d’apurement.

L’exercice se heurte à une double contrainte. D’un côté, la transition a multiplié les engagements de dépenses, notamment sociales et d’infrastructures, pour installer sa légitimité. De l’autre, les marges budgétaires se sont resserrées sous l’effet de la baisse de production pétrolière, estimée autour de 200 000 barils par jour, et du durcissement des conditions de financement sur les marchés régionaux. Les émissions de titres publics sur le marché de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) ont, à plusieurs reprises en 2024, été sursouscrites à des taux en hausse, signe d’une prime de risque croissante exigée par les investisseurs.

Un risque de crédibilité pour la vitrine infrastructures de la transition

L’enjeu dépasse la seule mécanique budgétaire. En portant personnellement la relance routière, le chef de l’État gabonais a lié son image à la livraison effective de kilomètres bitumés. Chaque chantier ralenti devient un sujet politique, à l’approche de l’échéance présidentielle prévue en 2025 à l’issue de la période de transition. Les entreprises, elles, arbitrent déjà : certaines réduisent la voilure sur les lots les plus exposés, d’autres conditionnent la poursuite des travaux à des garanties de paiement renforcées.

Le signal envoyé aux bailleurs internationaux n’est pas neutre non plus. La Banque africaine de développement (BAD), la Banque mondiale et l’Agence française de développement (AFD) cofinancent plusieurs tronçons structurants au Gabon. La capacité de l’État à honorer sa part de contrepartie nationale conditionne les décaissements extérieurs. Un allongement durable des délais de paiement pourrait entraîner des retenues sur les tranches à venir, et renchérir le coût global des projets.

Reste à voir comment les autorités de transition articuleront leur réponse budgétaire. Un apurement crédible de la dette intérieure, assorti d’un calendrier contraignant, serait de nature à rassurer un secteur BTP qui joue, par effet d’entraînement, un rôle central dans l’économie non pétrolière du pays.

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About the Author

Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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