La politique du logement au Gabon vient de recevoir un signal difficile à ignorer. En quelques jours d’exposition, les journées portes ouvertes dédiées à l’habitat ont rassemblé plus de 4 000 visiteurs et enregistré près de 2 500 manifestations d’intérêt pour un futur toit. Rapporté à une population urbaine concentrée à près de 90 % selon les projections de la Banque mondiale, le ratio dit beaucoup de l’intensité de la demande résidentielle dans un pays qui compte un peu plus de deux millions d’habitants.
Une demande de logement structurellement sous-satisfaite au Gabon
Le déficit de logements au Gabon est documenté de longue date. Avant 2023, les autorités successives l’évaluaient dans une fourchette de 200 000 à 250 000 unités, concentrée pour l’essentiel sur Libreville et Port-Gentil. Aucun des grands programmes annoncés depuis le milieu des années 2000, qu’il s’agisse du projet d’Angondjé lancé sous Omar Bongo Ondimba ou des cités promises par la Société nationale immobilière, n’a comblé l’écart entre l’offre formelle et une démographie urbaine qui progresse de 2,5 % par an environ.
Dans ce contexte, les 2 500 demandes recueillies sur un seul événement ne sont pas un épiphénomène. Elles constituent un échantillon exploitable de la demande solvable ou aspirant à le devenir, celle des classes moyennes salariées, des fonctionnaires et des jeunes couples qui cherchent à sortir du marché informel de la location. Le prix moyen d’un logement neuf à Libreville, régulièrement estimé entre 40 et 70 millions de francs CFA pour un trois pièces, reste hors de portée sans mécanisme de crédit long adossé à une garantie publique.
Un marqueur politique pour la transition gabonaise
Depuis le changement de régime d’août 2023 et l’installation du Comité pour la transition et la restauration des institutions, le logement figure parmi les promesses sociales les plus visibles du président Brice Clotaire Oligui Nguema. L’affluence enregistrée lors de ces journées portes ouvertes se lit donc comme un test grandeur nature de la popularité d’un chantier qui engage la crédibilité de l’exécutif. Chaque dossier déposé devient, de fait, une créance politique sur l’État.
La comparaison régionale invite à la prudence. Au Cameroun voisin, le programme de 10 000 logements sociaux lancé en 2009 n’avait livré, dix ans plus tard, qu’une fraction des unités promises, selon les bilans officiels du ministère de l’Habitat et du Développement urbain. En Côte d’Ivoire, le programme présidentiel de 60 000 logements, dont le lancement remonte à 2013, a été plusieurs fois recalibré faute de solvabilité des ménages ciblés. Ces précédents dessinent les points de vigilance pour le Gabon : montage financier, foncier maîtrisé, et chaîne de production réellement scalable.
Les leviers financiers à construire pour transformer l’essai
Transformer 2 500 demandes en 2 500 clés remises suppose un dispositif cohérent, qui n’existe aujourd’hui qu’à l’état embryonnaire. Le crédit immobilier représente moins de 5 % du produit intérieur brut au Gabon, selon les données publiées ces dernières années par la Banque des États de l’Afrique centrale, contre une moyenne proche de 30 % dans les pays à revenu intermédiaire supérieur. L’écart résume l’ampleur du travail bancaire à mener, à commencer par l’allongement de la maturité des prêts et la stabilisation des taux pour les primo-accédants.
Le volet foncier n’est pas moins décisif. L’aménagement de parcelles viabilisées, l’accélération des procédures de titre et la lutte contre la spéculation sur les terrains périurbains conditionnent la capacité des promoteurs à proposer des produits sous la barre des 25 millions de francs CFA, seuil souvent évoqué pour le segment social. Sans cette discipline, les prochaines éditions des portes ouvertes risquent de nourrir une frustration proportionnelle aux espoirs suscités.
La séquence qui s’ouvre sera donc scrutée à deux niveaux. Celui, immédiat, du traitement administratif des dossiers déposés, dont la transparence sera un marqueur de bonne gouvernance. Et celui, plus structurel, de la future loi de finances et des dotations consacrées à l’habitat, qui diront si la demande massive exprimée par les ménages gabonais trouvera, cette fois, une offre à sa hauteur.
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