Afrique centrale : la BEAC amorce le retrait de pièces en franc CFA

Close-up of gold and silver Wiener Philharmoniker coins displayed on blue velvet cloth.Photo : Zlaťáky.cz / Pexels

Les six économies de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) entrent lundi dans une phase sensible de leur politique monétaire : certaines anciennes pièces de franc CFA perdront leur pouvoir libératoire dans l’ensemble de la zone. Concrètement, un commerçant du marché Mokolo à Yaoundé, un taxi de Libreville ou un boutiquier de N’Djamena pourra refuser ces coupures métalliques, désormais privées de valeur de paiement. L’opération concerne le Cameroun, le Gabon, le Congo, le Tchad, la République centrafricaine et la Guinée équatoriale, qui partagent la même monnaie émise par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC).

Une démonétisation partielle qui engage toute la zone CEMAC

La démonétisation de pièces n’est jamais un acte neutre. Elle traduit soit une volonté de retirer des coupures trop usées ou falsifiables, soit une étape vers un renouvellement complet de la gamme fiduciaire. Dans la zone CEMAC, la dernière grande refonte des billets remonte à décembre 2022, lorsque la BEAC avait introduit une nouvelle gamme illustrant les ressources et symboles des six États membres. Le volet métallique du monnayage, lui, était resté largement inchangé depuis les émissions des années 2000, ce qui explique l’usure avancée d’une partie du stock en circulation.

Les pièces concernées par le retrait vont perdre leur cours légal, c’est-à-dire la capacité juridique d’être imposées en règlement d’une dette. En pratique, cela signifie que les banques commerciales, les commerces et les administrations publiques des six pays n’ont plus l’obligation de les accepter en caisse. Pour les détenteurs, l’enjeu est de pouvoir les échanger dans les guichets du réseau bancaire pendant une période transitoire, selon les modalités fixées par l’institut d’émission régional.

Un défi logistique pour la BEAC et les banques commerciales

Collecter, trier et détruire des millions de pièces disséminées sur un territoire grand comme près de huit fois la France métropolitaine n’a rien d’une opération triviale. Les circuits de collecte reposent sur les agences de la BEAC, dont le maillage reste concentré dans les capitales économiques, et sur les banques commerciales partenaires. Dans les zones rurales du nord du Cameroun, de l’est du Tchad ou de l’arrière-pays centrafricain, où l’inclusion bancaire plafonne autour de 20 % de la population adulte selon les données publiées ces dernières années par la Banque mondiale, le risque est réel qu’une partie du stock reste coincée dans les ménages.

Le précédent le plus instructif se trouve en Afrique de l’Ouest. En 2023 et 2024, le Nigeria a mené une opération de remplacement des billets de naira dans des conditions chaotiques, provoquant des pénuries de liquidités, des files d’attente devant les distributeurs et un recul temporaire de l’activité des commerçants informels. L’épisode a rappelé combien la communication, le calendrier et la densité du réseau bancaire déterminent la réussite d’une démonétisation. La BEAC, qui opère dans un environnement moins peuplé mais plus fragmenté géographiquement, dispose d’une marge d’erreur étroite.

Un signal politique dans le débat sur la souveraineté monétaire

Le retrait intervient alors que le franc CFA d’Afrique centrale, arrimé à l’euro à une parité fixe de 655,957 francs pour un euro depuis 1999, reste au cœur des discussions sur la souveraineté monétaire du continent. Si la zone UEMOA, en Afrique de l’Ouest, négocie depuis 2019 une transition vers une monnaie baptisée ECO, la CEMAC n’a pas engagé de réforme institutionnelle comparable. Dans ce contexte, chaque opération touchant à la matérialité du franc CFA est scrutée pour ce qu’elle dit, ou ne dit pas, de l’avenir du régime monétaire.

Le retrait de pièces n’est pas en soi une réforme stratégique. Il entretient toutefois la perception, chez les populations et dans une partie des élites économiques, que la zone CEMAC avance par petites touches techniques sans trancher les débats de fond. Pour les six États membres, dont les économies cumulées pèsent environ 90 milliards de dollars de produit intérieur brut, la capacité à mener proprement une opération fiduciaire sera observée comme un test de maturité institutionnelle. Reste à savoir si la fenêtre d’échange laissée aux détenteurs sera suffisamment longue pour éviter que l’épargne métallique des ménages modestes ne se transforme en perte sèche.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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