PETROCI contient un départ de feu sur son site gazier de Vridi

A detailed view of industrial pipelines in a Saudi Arabian factory setting.Photo : Mumtaz Niazi / Pexels

C’est dans la matinée de samedi que les équipes de la PETROCI sont parvenues à neutraliser un départ de feu survenu sur l’une de ses installations gazières à Vridi, dans la zone industrielle d’Abidjan. L’incident, provoqué par une fuite qui s’est embrasée, n’a occasionné aucune victime selon les premiers éléments disponibles. L’opérateur public n’a pas, à ce stade, précisé l’origine du dégagement ni la nature exacte de l’équipement affecté, mais la rapidité de la maîtrise suggère une intervention efficace des équipes de première ligne.

Vridi, cœur névralgique de l’aval pétro-gazier ivoirien

Située à la pointe sud d’Abidjan, entre le canal du même nom et l’océan, la zone de Vridi concentre l’essentiel des infrastructures stratégiques du pays dans le domaine des hydrocarbures. On y trouve la raffinerie de la Société ivoirienne de raffinage (SIR), opérationnelle depuis 1965, le terminal pétrolier du Port autonome d’Abidjan, les dépôts de la Gestion des stocks pétroliers de Côte d’Ivoire (GESTOCI) ainsi que plusieurs installations de la PETROCI dédiées au stockage et au traitement du gaz. Cette densité industrielle, voisine de quartiers d’habitation et d’un trafic portuaire intense, fait de chaque incident un sujet de vigilance maximale pour les autorités.

Le gaz manipulé sur ce site alimente notamment les centrales thermiques qui fournissent une part majoritaire de l’électricité ivoirienne. La Côte d’Ivoire tire environ 70 % de sa production électrique du gaz naturel, selon les données publiées ces dernières années par le ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie. Toute perturbation sur un maillon de la chaîne gazière peut donc, en cascade, affecter la fourniture d’électricité au-delà du périmètre d’Abidjan et peser sur les exportations vers les pays voisins, notamment le Burkina Faso, le Mali, le Togo, le Bénin et le Ghana via les interconnexions ouest-africaines.

Un épisode qui réactive le débat sur la sécurité industrielle

Si l’issue de samedi est favorable, l’épisode intervient dans un contexte où la vigilance autour des sites pétro-gaziers africains est renforcée. En décembre 2021, l’incendie du dépôt de carburant de Caltanissetta à Monrovia et, surtout, l’explosion du dépôt de Freetown en novembre 2021 — qui avait fait plus de cent morts en Sierra Leone — avaient rappelé la vulnérabilité des sites de stockage en milieu urbain ouest-africain. Plus près, la raffinerie de Mbalmayo au Cameroun avait connu en mai 2022 un sinistre majeur sur la raffinerie SONARA de Limbé. Ces précédents nourrissent les exigences croissantes des assureurs et des bailleurs quant aux audits de sûreté.

À Vridi, les installations les plus anciennes datent de la fin des années 1960 et du début des années 1970. Elles ont fait l’objet de programmes de modernisation successifs, mais la coexistence d’équipements d’âges différents, l’extension progressive de la zone urbaine aux abords du site et la montée en charge liée à la croissance de la demande énergétique ivoirienne — portée par un produit intérieur brut qui progresse autour de 6 % par an depuis plusieurs exercices selon la Banque africaine de développement — placent les opérateurs sous une pression opérationnelle constante.

Un enjeu de communication publique

Dans ce type de situation, la rapidité et la précision de la communication officielle sont déterminantes. Riverains, salariés des entreprises voisines et marchés attendent de la PETROCI et de sa tutelle ministérielle une évaluation claire du périmètre affecté, des causes identifiées et des mesures correctives engagées. L’absence de victime, actée samedi, ne suffit pas à solder la question de l’origine technique du départ de feu, qu’il s’agisse d’une défaillance matérielle, d’une erreur humaine ou d’un défaut de maintenance préventive.

Les perspectives pour la filière gazière

La Côte d’Ivoire ambitionne de porter sa production gazière à plus de 300 millions de pieds cubes par jour grâce au développement du champ Baleine, découvert par Eni en 2021 au large de Jacqueville et considéré comme l’une des plus importantes découvertes offshore ouest-africaines de la décennie. Cette montée en puissance imposera des investissements accrus dans les capacités de traitement et de distribution à terre, dont une partie transitera par Vridi. La fiabilité de cette plateforme devient, dès lors, une variable stratégique de la souveraineté énergétique ivoirienne et de la crédibilité du pays comme hub régional.

Reste à savoir si l’incident de samedi donnera lieu à la publication d’un rapport technique circonstancié, pratique encore peu systématique dans la sous-région. Un tel exercice de transparence serait un signal fort adressé aux partenaires industriels, financiers et aux populations qui vivent au contact direct de ces installations.

Pour aller plus loin

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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