L’annonce d’un investissement chinois de 116,7 milliards de francs CFA pour une unité de transformation du manganèse à proximité de Ndjolé, dans la province du Moyen-Ogooué, marque une inflexion attendue de la politique minière du Gabon. Deuxième producteur mondial de ce métal stratégique, le pays exporte encore l’essentiel de sa production sous forme brute, laissant aux sidérurgistes asiatiques et européens la part la plus rémunératrice de la chaîne de valeur. L’implantation d’une capacité de traitement sur le sol national répond à une orientation réaffirmée depuis plusieurs années par les autorités de Libreville, qui veulent capter davantage de revenus industriels sur place.
Un virage industriel pour le manganèse gabonais
Le Gabon représente, selon les estimations de l’US Geological Survey publiées ces dernières années, environ un quart de la production mondiale de minerai de manganèse, aux côtés de l’Afrique du Sud et de l’Australie. Cette position dominante reste pourtant déséquilibrée : la quasi-totalité du minerai quitte le territoire via le port d’Owendo, acheminée depuis Moanda par le Transgabonais, pour être transformée à l’étranger en ferromanganèse ou en silicomanganèse, deux intrants essentiels de la sidérurgie et, plus récemment, des batteries au lithium-manganèse.
Le projet annoncé à Ndjolé s’inscrit dans cette logique de remontée de filière. En localisant une unité de transformation à mi-chemin entre les bassins miniers de l’est du pays et la façade atlantique, les promoteurs chinois visent une intégration logistique autour du corridor ferroviaire existant. L’enveloppe de 116,7 milliards de francs CFA, soit l’équivalent d’environ 178 millions d’euros, place l’opération parmi les investissements industriels significatifs annoncés dans le pays depuis la transition politique amorcée en août 2023.
Pékin, acteur devenu incontournable de la filière minière africaine
L’arrivée d’un capital chinois dans la transformation du manganèse gabonais n’a rien d’une surprise. Les groupes chinois, premiers consommateurs mondiaux du métal pour leur sidérurgie, ont multiplié depuis une décennie les prises de participation et les contrats d’achat en Afrique australe et centrale. Au Gabon, la société Nouvelle Gabon Mining, opérant sur le gisement de Biniomi dans le Haut-Ogooué, illustre déjà cette présence capitalistique. Le choix de Ndjolé prolonge cette dynamique, en l’orientant cette fois vers la valeur ajoutée plutôt que vers la seule extraction.
Pour Libreville, l’enjeu est double. Il s’agit, d’une part, de desserrer la dépendance historique à la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale du français Eramet exploitant depuis 1962 le plateau de Bangombé à Moanda et qui pèse pour l’essentiel de la production nationale. Il s’agit, d’autre part, d’inscrire la politique minière dans le sillage de la stratégie annoncée depuis 2022 d’interdiction progressive de l’exportation de certaines matières premières non transformées, comme le bois en grume l’avait été dès 2010.
Diversification, emploi et vigilance environnementale
La localisation à Ndjolé n’est pas neutre. Située sur l’axe routier et ferroviaire reliant Libreville à Franceville, la ville a longtemps vécu de l’exploitation forestière. L’implantation d’une unité métallurgique y ouvrirait un bassin d’emplois industriels dans une région qui en manque, à condition que le projet s’accompagne d’un volet formation et d’une contractualisation claire avec les sous-traitants gabonais. L’expérience des parcs industriels de Nkok, lancés en 2010 pour le bois transformé, a montré qu’un contenu local significatif ne se décrète pas et dépend de la fermeté du cadre réglementaire.
Reste la question environnementale. La transformation du manganèse en alliages génère des rejets atmosphériques et des effluents chargés en métaux lourds qui exigent des dispositifs de contrôle rigoureux. Le Moyen-Ogooué, traversé par le fleuve Ogooué, concentre une biodiversité aquatique sensible, et la conformité du projet aux standards fixés par le Code de l’environnement gabonais de 2014 constituera un indicateur clé de son acceptabilité sociale.
Au-delà du montant affiché, la crédibilité de l’opération se jouera donc sur trois paramètres : la vitesse de mise en service de l’usine, le niveau réel d’intégration locale, et la capacité des autorités à faire respecter les engagements environnementaux. Autant d’éléments qui diront si Ndjolé devient le symbole d’une industrialisation minière assumée ou une nouvelle enclave d’extraction orientée vers l’exportation.
Pour aller plus loin
Minerais stratégiques : l’UE élargit sa liste de projets hors Chine · Burkina Faso : 8 000 orpailleurs rapatriés de Guinée, Ouagadougou réforme · Doropo : sept banques ivoiriennes injectent 148 milliards FCFA dans l’or

Be the first to comment on "Manganèse : la Chine finance une unité de transformation à Ndjolé"