Doropo : sept banques ivoiriennes injectent 148 milliards FCFA dans l’or

Top-down drone shot of an industrial mining site in Rumpin, West Java, showing machinery and excavation.Photo : Tom Fisk / Pexels

La signature est intervenue à Abidjan en présence de Sékou Sanogo, directeur général adjoint de NSIA Banque Côte d’Ivoire. Le financement syndiqué de 148 milliards de FCFA, soit près de 260 millions de dollars, réunit sept banques ivoiriennes autour du projet aurifère de Doropo, dans le nord-est du pays. L’enveloppe correspond à environ 50 % du budget de construction de la mine opérée par Resolute Mining Côte d’Ivoire, filiale locale du groupe coté à Sydney et à Londres. Le reste du tour de table n’a pas été détaillé publiquement, mais l’architecture retenue traduit un partage du risque entre bilan domestique et capitaux internationaux.

Un ticket inhabituel pour la place d’Abidjan

Rares sont les projets miniers subsahariens, en dehors de l’Afrique du Sud, dont la moitié du capex est portée par un pool bancaire national. La plupart des mines d’or ouest-africaines construites depuis quinze ans — Yaouré et Ity en Côte d’Ivoire, Fekola au Mali, Houndé au Burkina Faso — ont été financées par un mélange de fonds propres cotés, de dette senior arrangée par des banques australiennes, sud-africaines ou canadiennes, et de lignes de couverture adossées à la vente anticipée d’onces. Le ticket ivoirien de 148 milliards de FCFA se distingue par sa structure strictement locale et par sa taille : il dépasse ce que les banques de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) acceptent habituellement d’engager sur une seule contrepartie extractive.

La taille des bilans y est pour quelque chose. L’actif agrégé des banques ivoiriennes a franchi le seuil de 20 000 milliards de FCFA selon les chiffres de la Commission bancaire de l’UMOA, et Abidjan concentre à elle seule près d’un tiers des crédits distribués dans la zone. Cette profondeur rend désormais possible ce que les syndications régionales hésitaient à faire voilà cinq ans. Le choix de porter la dette en francs CFA limite par ailleurs l’exposition de l’emprunteur au risque de change, un paramètre souvent sous-estimé dans les projets miniers libellés en dollars mais vendant une production cotée sur les marchés internationaux.

Doropo, projet de taille intermédiaire au cœur du Bounkani

Le gisement de Doropo est situé dans une région frontalière du Burkina Faso, longtemps périphérique de l’activité industrielle ivoirienne. Le chantier mobilisera plus de 1 500 personnes pendant la phase de construction, pour une exploitation qui devrait employer au-delà de 400 salariés permanents. La sous-traitance a été réservée aux entreprises locales, un engagement cohérent avec les exigences du code minier ivoirien révisé en 2014, qui impose aux opérateurs de privilégier les prestataires nationaux à qualité et prix équivalents.

Resolute Mining n’est pas un nouveau venu en Afrique de l’Ouest. Le groupe exploite depuis plusieurs années la mine de Syama au Mali et a cédé en 2020 ses actifs ghanéens à Chifeng Jilin Gold. Son entrée en Côte d’Ivoire via Doropo s’inscrit dans une stratégie de diversification géographique, à un moment où la sécurisation des chaînes d’approvisionnement aurifères sahéliennes devient plus incertaine. Pour Abidjan, deuxième producteur d’or ouest-africain derrière le Mali et le Burkina Faso avec environ 48 tonnes en 2023 selon les données du ministère ivoirien des Mines, le projet renforce une trajectoire industrielle déjà portée par Endeavour Mining, Perseus et Montage Gold.

Un signal pour la souveraineté financière minière

L’intérêt stratégique de l’opération dépasse le seul financement d’une mine. Il tient au basculement, encore partiel, du modèle de financement extractif en zone franc : jusqu’ici, la rente aurifère transitait massivement par des structures de dette offshore, limitant les retombées pour le système bancaire local. En captant la moitié de l’ingénierie financière, les établissements ivoiriens conservent les intérêts, les commissions d’arrangement et les flux de trésorerie associés à la vie du crédit.

« Au-delà de l’opération, c’est une conviction que nous partageons : financer localement, c’est contribuer à ce que la valeur créée profite durablement à l’économie ivoirienne et à ses territoires. »

La déclaration de Sékou Sanogo, recueillie par Abidjan.net, résume l’ambition affichée par la place bancaire. Reste à observer si ce modèle se répliquera sur d’autres gisements, et à quelles conditions de maturité et de taux. La capacité des banques de l’UEMOA à accompagner le développement minier à long terme dépendra aussi de l’évolution du refinancement BCEAO et du traitement prudentiel réservé aux crédits aux industries extractives, un chantier que plusieurs régulateurs africains ont engagé depuis 2022.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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