Le BIR installe une base opérationnelle au port de Douala-Bonabéri

Breathtaking aerial shot of Douala, Cameroon showcasing cityscape and vibrant sunset.Photo : Xavier Messina / Pexels

Le port de Douala-Bonabéri franchit une nouvelle étape dans son architecture sécuritaire. Le Bataillon d’intervention rapide (BIR), unité d’élite de l’armée camerounaise, y a inauguré le 2 juillet 2026 une base opérationnelle destinée à couvrir l’ensemble du domaine portuaire. La cérémonie s’est tenue en présence du ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo, et du directeur général du Port autonome de Douala (PAD), Cyrus Ngo’o. L’installation intervient sur une plateforme qui a traité plus de 13 millions de tonnes de marchandises en 2025, un volume record pour l’infrastructure.

Un dispositif de sûreté portuaire élargi

La nouvelle base rassemble des composantes opérationnelles, logistiques et d’appui, avec pour objectif d’améliorer la coordination inter-unités et de raccourcir les délais d’intervention. Elle est équipée d’embarcations rapides et de moyens de détection, notamment des systèmes radar, et s’articule avec les commandos marine, les nageurs de combat de la Marine nationale et le Bataillon spécial amphibie. L’ensemble forme un maillage capable d’opérer simultanément à quai, en rade et sur les approches maritimes.

Jusqu’à présent, la protection du domaine portuaire de Douala-Bonabéri reposait sur les moyens propres du PAD, ceux de la Marine nationale et sur les prescriptions du Code international pour la sûreté des navires et des installations portuaires (ISPS). Adopté sous l’égide de l’Organisation maritime internationale (OMI), ce référentiel constitue la norme mondiale en matière de protection des terminaux et des navires. L’arrivée du BIR y ajoute une capacité de projection militaire permanente, jusque-là absente du dispositif quotidien.

Golfe de Guinée : une sûreté maritime sous tension

Le contexte régional pèse lourdement sur l’équation. Le golfe de Guinée demeure une zone exposée aux attaques contre les navires marchands, aux tentatives d’enlèvement en mer et aux trafics divers. Ces menaces se traduisent concrètement par un renchérissement des primes d’assurance, un allongement des délais d’escale et une érosion de la confiance des armateurs. Pour un port qui capte 62,5 % du trafic conteneurisé national, soit 183 956 EVP en 2025, ces paramètres conditionnent directement la position commerciale de la place camerounaise.

La plateforme de Douala-Bonabéri joue par ailleurs un rôle stratégique pour les États enclavés voisins. Le Tchad et la République centrafricaine dépendent largement de ce débouché maritime pour leurs importations comme pour l’acheminement de leurs exportations. Toute rupture de charge, tout incident de sûreté, se répercute mécaniquement sur des corridors longs de plus d’un millier de kilomètres et sur les prix à la consommation à N’Djamena ou Bangui.

Lever les contraintes opérationnelles du BIR

Le coordinateur général du BIR, le général de brigade François Pelene, a expliqué que l’ancien site pénalisait la manœuvre des embarcations, en particulier du fait de l’envasement du quai. Ces contraintes physiques allongeaient les délais de réaction et limitaient la disponibilité des moyens. Le nouveau site, aménagé avec l’appui du PAD, doit permettre des opérations continues, sans interruption liée au marnage ou à la sédimentation.

Cette disponibilité opérationnelle en continu constitue un atout tangible dans un environnement où la maîtrise d’un incident se joue souvent en quelques minutes. Elle facilite également l’entraînement conjoint avec les autres composantes navales et la préparation de missions au-delà du seul périmètre portuaire.

La sûreté, paramètre de compétitivité pour Douala-Bonabéri

Pour Joseph Beti Assomo, la sécurisation de la plateforme s’aligne sur les investissements structurants engagés par les pouvoirs publics pour conforter le statut de hub logistique régional du port. Cyrus Ngo’o a de son côté qualifié ce partenariat de « facteur essentiel de stabilité et de compétitivité ». Le message est clair : au-delà du dragage, des terminaux et de la fluidification des corridors, la fiabilité sécuritaire devient un argument commercial à part entière.

La concurrence portuaire dans le golfe de Guinée s’intensifie, avec les montées en puissance de Lomé, Abidjan, Lagos ou Kribi. Dans cette compétition, les armateurs arbitrent en fonction du coût total d’escale, mais aussi du risque opérationnel. En verrouillant militairement son principal point d’entrée, le Cameroun cherche à préserver les 13 millions de tonnes annuelles qui transitent par Douala-Bonabéri, tout en envoyant un signal aux compagnies maritimes internationales. Selon Investir au Cameroun, l’ambition affichée est de faire de cette base un socle durable de la stratégie portuaire nationale.

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About the Author

Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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