Le Cameroun lance Export Readiness pour viser le marché américain

ContainerterminalPhoto : Wolfgang Weiser / Pexels

Le Cameroun cherche à contourner son exclusion de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) en misant sur la montée en compétence de ses petites et moyennes entreprises. Lancé le 28 mai à Douala par Achille Bassilekin III, ministre des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat, le programme Export Readiness entend préparer les PME camerounaises à affronter la rigueur normative du marché américain. L’initiative est portée par la plateforme American Liaison in Africa (ALA), qui se positionne comme passerelle opérationnelle entre les opérateurs économiques locaux et les acheteurs américains.

Sur deux jours, une centaine de chefs d’entreprise doivent être formés à la structuration juridique de leur société, à la traçabilité des produits, à la logistique transatlantique, aux normes de qualité et à la protection contractuelle. Le dispositif a vocation à essaimer ensuite dans d’autres villes du pays. Pour Emilie Siewe, promotrice d’ALA, la priorité consiste à doter les exportateurs camerounais d’une boîte à outils opérationnelle, centrée sur la conformité et les stratégies d’accès au marché américain.

Compenser l’exclusion de l’AGOA par la mise à niveau des PME

L’absence du Cameroun de la liste des bénéficiaires de l’AGOA pèse lourd sur sa compétitivité. Le mécanisme, mis en place par Washington en 2000, accorde à plusieurs pays d’Afrique subsaharienne un accès en franchise de droits pour des milliers de lignes tarifaires. Yaoundé en a été écarté en 2020 pour des motifs liés à la situation des droits humains, fermant un canal d’entrée privilégié sur le marché américain. Depuis, les exportateurs camerounais affrontent les barrières douanières de droit commun, ce qui renchérit mécaniquement leurs produits face aux concurrents kényans, ivoiriens ou ghanéens.

Faute de levier tarifaire, le pari du gouvernement consiste à jouer la carte de la qualité et de la conformité. Le ministre Bassilekin III présente Export Readiness comme un instrument de consolidation des relations d’affaires entre Yaoundé et Washington. Le raisonnement est clair : si les PME camerounaises ne peuvent bénéficier d’un avantage de prix, elles doivent au moins maîtriser les standards documentaires, sanitaires et logistiques exigés par les importateurs américains. Reste un constat partagé par ALA : les opportunités commerciales existent, mais l’information circule mal et la préparation aux exigences américaines demeure embryonnaire.

Un volume d’échanges encore modeste avec Washington

Les chiffres publiés par le Bureau du représentant américain au commerce situent l’enjeu à sa juste mesure. En 2025, les importations américaines de biens en provenance du Cameroun ont atteint 287,7 millions de dollars, tandis que les exportations américaines vers le pays se sont établies à 169,3 millions de dollars. Ce flux bilatéral, structurellement excédentaire pour Yaoundé, reste marginal au regard de la taille du marché américain et du potentiel de l’économie camerounaise. À titre de comparaison, le commerce bilatéral entre Washington et plusieurs économies ouest-africaines de taille comparable dépasse largement le milliard de dollars.

Concrètement, l’accès à un marché de près de 350 millions de consommateurs ne se décrète pas. Il suppose la maîtrise des règles de traçabilité, des certifications sectorielles, des délais logistiques et des cadres contractuels propres au commerce transatlantique. Pour les PME camerounaises, souvent positionnées sur des filières agroalimentaires ou artisanales à forte valeur ajoutée, ces exigences constituent autant de seuils techniques à franchir avant la première expédition.

Du séminaire à la feuille de route opérationnelle

L’efficacité du dispositif se mesurera à sa capacité à dépasser le format de la formation ponctuelle. Une montée en puissance durable des exportations camerounaises vers les États-Unis suppose un accompagnement étalé dans la durée, intégrant la certification produit, l’accès au financement export, l’adaptation des emballages, la prospection commerciale ciblée et le suivi juridique des premiers contrats de distribution. Sans cette chaîne complète, le risque demeure que le programme se réduise à une opération de sensibilisation sans débouchés mesurables.

L’exécutif camerounais compte sur le relais de ses partenaires institutionnels et privés pour diffuser l’information auprès du tissu productif. La réussite du pari dépendra aussi de la capacité de l’État à articuler Export Readiness avec ses autres dispositifs d’appui à l’export, et à instaurer un mécanisme de suivi des PME accompagnées. Selon Investir au Cameroun, l’extension du programme à d’autres bassins économiques du pays figure déjà au calendrier des autorités.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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