Berry interpelle Aoun sur l’effectivité du cessez-le-feu au Liban

Urban scene in Beirut showcasing a Christmas tree beside a damaged building, reflecting resilience.Photo : Jo Kassis / Pexels

L’interrogation lancée par Nabih Berry au président Joseph Aoun résume à elle seule la fragilité de l’équation sécuritaire libanaise : où en est, concrètement, le cessez-le-feu négocié à l’automne 2024 entre Israël et le Hezbollah ? Le président du Parlement, figure tutélaire du chiisme politique au Liban et chef du mouvement Amal, a rendu publique cette question, dans un climat marqué par la persistance des opérations militaires israéliennes au sud du fleuve Litani et au-delà. Sa formule, brève et frontale, pèse lourd dans le débat institutionnel à Beyrouth.

Une question qui sonne comme un constat d’échec

En s’adressant directement au chef de l’État, Nabih Berry ne se contente pas d’une mise en scène politique. Il met le pouvoir exécutif libanais face à ses engagements diplomatiques et à l’écart grandissant entre l’accord de cessation des hostilités, parrainé par Washington et Paris, et la situation sur le terrain. La trêve, entrée en vigueur le 27 novembre 2024, prévoyait un retrait progressif des forces israéliennes, le redéploiement de l’armée libanaise au sud et le démantèlement des positions armées proches de la frontière. Près d’un an plus tard, aucun de ces volets n’apparaît pleinement appliqué aux yeux des dirigeants chiites.

Pour Berry, qui fut l’un des principaux interlocuteurs des médiateurs américains lors des négociations, l’écart entre l’engagement écrit et la réalité opérationnelle devient politiquement intenable. Les frappes israéliennes continuent de viser des localités du Sud, de la Bekaa et parfois de la banlieue sud de Beyrouth, sous prétexte de cibler des infrastructures du Hezbollah. Dans le même temps, plusieurs collines stratégiques restent occupées par l’armée israélienne, en violation manifeste de la lettre de l’accord.

Aoun, président d’un État sommé de retrouver son monopole

Élu en janvier 2025 après plus de deux ans de vacance présidentielle, Joseph Aoun est précisément arrivé au palais de Baabda avec un mandat implicite : restaurer la souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire et faire respecter le cessez-le-feu. Ancien commandant en chef de l’armée libanaise, il incarne l’option d’un retour de l’institution militaire comme acteur central au sud. Or l’interpellation de Berry souligne que cette ambition reste, pour l’heure, en grande partie déclarative.

Le chef de l’État se trouve pris en tenaille. D’un côté, ses partenaires occidentaux et les pays du Golfe attendent des avancées sur le désarmement du Hezbollah et l’application stricte de la résolution 1701 de l’ONU. De l’autre, l’allié chiite du mouvement, incarné par le tandem Berry-Hezbollah, refuse tout démantèlement tant que les frappes israéliennes se poursuivent et que des portions du territoire demeurent sous contrôle militaire étranger. La question publique du président du Parlement vient cristalliser cette contradiction.

Une équation régionale qui dépasse Beyrouth

L’épisode dépasse la seule arène libanaise. Il s’inscrit dans un environnement régional où les équilibres post-guerre de Gaza restent instables. La nouvelle administration syrienne, les arbitrages de Washington sur le dossier iranien et la posture israélienne face au Hezbollah affaibli structurent un jeu à plusieurs bandes dont Beyrouth subit les contrecoups. Pour les chancelleries européennes et les capitales du Golfe qui soutiennent financièrement la reconstruction du Sud, la crédibilité du processus de trêve conditionne le décaissement des aides annoncées.

Sur le plan intérieur, la sortie de Berry intervient alors que le gouvernement de Nawaf Salam tente d’élaborer une feuille de route sécuritaire intégrant le déploiement renforcé de l’armée et la prise en charge des dossiers frontaliers. Toute hésitation présidentielle ou exécutive nourrit la lecture, défendue par le camp de la résistance, selon laquelle l’État libanais ne disposerait pas des leviers diplomatiques pour faire plier son voisin du sud. À l’inverse, les opposants au Hezbollah voient dans la persistance d’un arsenal parallèle l’obstacle principal à toute normalisation.

Reste que la question de Berry, par sa concision, fixe désormais un curseur politique : tant que le cessez-le-feu demeurera virtuel, la légitimité même de l’accord de novembre 2024 et celle des institutions chargées de le faire respecter resteront contestées. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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