Le pipeline Tchad-Cameroun continue d’alimenter régulièrement les caisses publiques de Yaoundé. Selon des données rendues publiques, les droits de transit acquittés au titre de l’acheminement du brut tchadien à travers le territoire camerounais ont atteint 15,1 milliards de FCFA sur les cinq premiers mois de 2026. La répartition mensuelle traduit une dynamique stable : 2,94 milliards en janvier, 3,52 milliards en février, 2,85 milliards en mars, 2,83 milliards en avril et 2,95 milliards en mai. Cette régularité confirme la place du pipeline comme source de recettes prévisibles pour l’État camerounais.
La performance prolonge celle observée au premier quadrimestre. À fin avril 2026, les recettes cumulées s’établissaient déjà à 12,15 milliards de FCFA, en hausse de 1,2 milliard sur un an, soit une progression de 11 %. Cette amélioration tient à la fois aux volumes acheminés et au tarif négocié par le Cameroun, qui capte ainsi une part de la rente pétrolière régionale sans être lui-même producteur sur cette filière.
Un oléoduc stratégique pour un Tchad enclavé
Long de 1 080 kilomètres, l’ouvrage relie les champs pétroliers du sud du Tchad au terminal flottant de Kribi, sur la façade atlantique camerounaise. C’est de ce terminal offshore que le brut est embarqué vers les marchés internationaux. Pour N’Djamena, dont le territoire est dépourvu d’accès maritime, l’infrastructure constitue l’unique débouché à grande échelle pour ses exportations d’hydrocarbures. Toute interruption ou renégociation des conditions de transit place donc le Tchad dans une position de dépendance structurelle vis-à-vis de son voisin.
Les chiffres communiqués par le Comité de pilotage et de suivi des pipelines (CPSP) éclairent cette dépendance. Entre janvier et avril 2026, environ 16,1 millions de barils ont circulé dans le tube. À ce rythme, le pipeline conforte son rôle de colonne vertébrale de l’économie pétrolière tchadienne, alors même que les autorités de N’Djamena cherchent à diversifier leurs partenaires industriels et à reprendre la main sur certains actifs amont depuis le départ d’opérateurs historiques.
Un tarif de transit revalorisé par étapes
La redevance perçue par le Cameroun est aujourd’hui fixée à 1,321 dollar par baril transporté. Ce niveau résulte d’un processus de revalorisation entamé en 2013. À la mise en service de l’oléoduc, au début des années 2000, le droit de transit ne s’élevait qu’à 0,41 dollar par baril, un tarif jugé désavantageux par Yaoundé au regard de la rente captée par les opérateurs internationaux et par l’État tchadien.
Deux relèvements successifs, en 2013 puis en 2018, ont permis au Cameroun de tripler sa rémunération unitaire. Le mécanisme convenu entre les parties prévoyait par ailleurs une nouvelle révision à compter du 1er octobre 2023. Cette échéance, encore non concrétisée selon les informations disponibles, laisse entrevoir un retour du dossier sur la table des négociations bilatérales. Une revalorisation supplémentaire renforcerait l’apport budgétaire de l’oléoduc, dans un contexte où Yaoundé doit compenser le déclin progressif de sa propre production de brut.
Un enjeu budgétaire et diplomatique pour Yaoundé
Au-delà du strict volet financier, la rente du pipeline s’inscrit dans un équilibre diplomatique sensible. Le Cameroun et le Tchad partagent un long passé de coopération sécuritaire, notamment dans la lutte contre les groupes armés du bassin du lac Tchad. La question tarifaire est donc régulièrement arbitrée à l’aune de cet agenda commun, ce qui explique en partie la lenteur du calendrier de révision.
Pour le Trésor camerounais, la prévisibilité de ces recettes constitue un atout dans la programmation budgétaire 2026, à un moment où les marges de manœuvre sont contraintes par le service de la dette et par les besoins d’investissement dans les infrastructures. Reste que la dépendance aux volumes acheminés expose la rente aux aléas de la production tchadienne et à l’évolution des cours mondiaux. La trajectoire des prochains mois dépendra autant des décisions techniques des opérateurs en amont que de la capacité des deux capitales à trancher la question tarifaire en suspens. Selon Investir au Cameroun, les négociations sur le nouveau barème pourraient redevenir un sujet majeur entre Yaoundé et N’Djamena.
Pour aller plus loin
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